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Les lois discrètes et le risque

Ce que ce chapitre apporte

  • Reconnaître une épreuve de Bernoulli, et calculer son espérance et sa variance.
  • Employer la loi binomiale, et vérifier que ses trois conditions sont réunies.
  • Employer la loi géométrique pour une attente, et la loi de Poisson pour des événements rares.
  • Traduire un énoncé en français en une loi, ses paramètres, et une probabilité à calculer.
  • Choisir la bonne loi à partir de la question posée, et non à partir du vocabulaire de l'énoncé.
  • Situer la loi normale, et dire pourquoi une probabilité y devient une aire.
Le chapitre précédent a posé les fondements, et laissé une question ouverte : d'où viennent les probabilités qu'on y manipulait ? Elles ne tombent pas du ciel, elles se calculent à partir d'un modèle. Ce chapitre installe les quatre lois discrètes qui reviennent en permanence en informatique, Bernoulli, binomiale, géométrique et Poisson, puis montre comment on passe d'un énoncé en français à un risque chiffré. C'est aussi le socle de tout réglage de seuil d'alerte.

Ce que le chapitre précédent a posé

Les quatre lois qui suivent décrivent toutes une variable aléatoire, c'est-à-dire un nombre attaché au résultat d'une expérience, et se caractérisent par deux indicateurs : l'espérance, la valeur moyenne sur un très grand nombre de répétitions, et la variance, la dispersion autour de cette valeur. Les trois notions sont définies dans Probabilités, et elles sont supposées connues à partir d'ici.

L'espérance n'est pas une valeur possible
Une famille a en moyenne 1,9 enfant, et aucune famille n'a 1,9 enfant. L'espérance est le centre de gravité d'une distribution, pas un résultat qu'on peut observer. C'est la confusion la plus fréquente, et elle rend absurde toute interprétation d'un résultat de calcul de risque.

Loi de Bernoulli : une seule tentative

Un essai à deux issues (une épreuve de Bernoulli) : succès avec la probabilité pp, échec avec 1p1 - p. On note XB(p)X \sim B(p) la variable qui vaut 1 en cas de succès et 0 sinon.

E(X)=pV(X)=p(1p)E(X) = p \qquad V(X) = p(1 - p)

En clair : sur un essai qui ne vaut que 1 ou 0, la valeur moyenne est exactement la probabilité du succès, et la dispersion est le produit des deux probabilités, celle du succès par celle de l'échec.

C'est la brique élémentaire : les lois qui suivent se construisent en répétant des épreuves de Bernoulli.

La variance est maximale à p = 0,5

p(1p)p(1 - p) vaut 0,25 en p=0,5p = 0{,}5 et tend vers 0 aux extrémités. Traduction : un événement quasi certain ou quasi impossible est prévisible ; c'est au voisinage de 50 % que l'incertitude est la plus grande. D'où l'intérêt, en négociation comme en supervision, de savoir de quel côté de 0,5 on se trouve.

Loi binomiale : compter les succès

Définition

XX suit la loi binomiale B(n,p)B(n, p) si elle compte le nombre de succès sur nn épreuves de Bernoulli indépendantes et de même probabilité pp. Alors, pour k=0,1,,nk = 0, 1, \dots, n :

P(X=k)=C(n,k)×pk×(1p)nkP(X = k) = C(n, k) \times p^k \times (1 - p)^{n-k}

avec E(X)=npE(X) = np et V(X)=np(1p)V(X) = np(1 - p).

La formule se lit de droite à gauche, en trois morceaux. pkp^k est la probabilité des kk succès, et (1p)nk(1 - p)^{n-k} celle des nkn - k échecs qui les accompagnent. C(n,k)C(n, k) compte le nombre de façons de disposer ces succès parmi les nn essais. Le coefficient binomial C(n,k)=n!k!(nk)!C(n, k) = \dfrac{n!}{k!\,(n - k)!}, aussi noté (nk)\binom{n}{k}, est ce compteur de dispositions ; le reste du produit est la probabilité d'une de ces configurations. L'espérance npnp se lit tout aussi simplement : nn essais réussissant chacun avec la probabilité pp donnent npnp succès en moyenne.

Cette formule n'a rien d'arbitraire, et il suffit de compter pour la retrouver.

Pour désigner les kk essais qui seront des succès, il y a nn choix pour le premier, n1n - 1 pour le deuxième, et ainsi de suite jusqu'à nk+1n - k + 1 pour le dernier. Cela fait

n×(n1)××(nk+1)=n!(nk)!n \times (n-1) \times \dots \times (n-k+1) = \frac{n!}{(n-k)!}

façons de les choisir en les ordonnant. Or l'ordre ne compte pas : dire « les jours 1, 3 et 4 » ou « les jours 4, 1 et 3 » désigne la même configuration. Chaque configuration a donc été comptée autant de fois qu'il y a de façons d'ordonner kk éléments, soit k!k! fois.

En divisant par ce surcomptage, il reste n!k!(nk)!\dfrac{n!}{k!\,(n-k)!}.

Le contrôle de bon sens

C(n,0)=C(n,n)=1C(n, 0) = C(n, n) = 1 : il n'y a qu'une façon de n'avoir aucun succès, et une seule de les avoir tous. Et C(n,k)=C(n,nk)C(n, k) = C(n, n-k) : choisir les succès revient à choisir les échecs. Ces trois égalités se lisent sur la formule et servent à repérer une erreur de calcul.

La figure suivante prépare l'exercice qui la suit : cinq jours, une probabilité de 0,6 par jour. Les bâtons pleins sont les cas « au moins 3 », et leur somme est la réponse.

00,10,20,3E = 3012345nombre de jours dégagésP(X = k)
n = 5p = 0,6

espérance 3, écart-type 1,095

La loi binomiale B(5 ; 0,6). Chaque bâton est la probabilité d'un nombre de succès exact. Espérance 3, écart-type 1,095. Les bâtons pleins couvrent 3 ≤ k ≤ 5, dont la somme vaut 0,6826.
À manipuler
Faire monter le nombre d'essais de 5 jusqu'à 40, sans toucher à p, et regarder la forme se transformer. À cinq essais la loi est visiblement dissymétrique ; quelque part en chemin elle devient une cloche. Repérer à partir de quel n la dissymétrie cesse de se voir à l'œil nu. Faire ensuite l'inverse : ramener n à 5 et pousser p vers 0,05, pour retrouver une dissymétrie franche même sur beaucoup d'essais.

Le bâton le plus haut est celui de 3, qui est aussi l'espérance np=5×0,6np = 5 \times 0{,}6 : la loi se masse autour de sa moyenne. Ce qu'il faut voir ensuite, c'est que les trois bâtons pleins pèsent à eux seuls plus de la moitié de la hauteur totale, ce qui annonce une réponse supérieure à 0,5 avant même le calcul.

Les trois conditions ne sont pas décoratives

Nombre d'essais fixé, essais indépendants, probabilité constante. Le nombre de jours de pluie sur une semaine n'est pas exactement binomial : la météo d'aujourd'hui renseigne sur celle de demain, les jours ne sont pas indépendants. On l'utilise quand même comme première approximation, mais on l'écrit.

Un exercice classique

Sur les cinq prochains jours, la probabilité qu'un jour ait une couverture nuageuse inférieure à 50 % est de 0,6. Quelle est la probabilité qu'au moins 3 des 5 jours soient dans ce cas ?

XB(5;0,6)X \sim B(5 ; 0{,}6), et on cherche P(X3)=1P(X2)P(X \geq 3) = 1 - P(X \leq 2), plus court que la somme des trois cas 3, 4 et 5.

  • P(X=0)=0,45=0,01024P(X = 0) = 0{,}4^5 = 0{,}01024
  • P(X=1)=5×0,6×0,44=0,0768P(X = 1) = 5 \times 0{,}6 \times 0{,}4^4 = 0{,}0768
  • P(X=2)=10×0,62×0,43=0,2304P(X = 2) = 10 \times 0{,}6^2 \times 0{,}4^3 = 0{,}2304

La somme vaut 0,317440{,}31744, d'où P(X3)=10,317440,6826P(X \geq 3) = 1 - 0{,}31744 \approx 0{,}6826, soit environ 68 %.

Le calcul à la main d'abord, la bibliothèque ensuite pour contrôler, jamais l'inverse.

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Et la même chose avec scipy, plus la loi complète en image :

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La même probabilité de succès, mais trente essais au lieu de cinq. Comparer les deux figures, en regardant uniquement la largeur du paquet de bâtons par rapport à l'axe.

00,050,10,15E = 18024681012141618202224262830nombre de succès sur 30 essaisP(X = k)
n = 30p = 0,6

espérance 18, écart-type 2,683

La même loi, mais sur trente essais. La forme se resserre autour de l'espérance et devient symétrique : c'est le théorème central limite qui commence à se voir, et c'est pourquoi une binomiale se remplace par une loi normale dès que n est grand. Espérance 18, écart-type 2,683.

Loi géométrique : attendre le premier succès

La binomiale fixe le nombre d'essais et compte les succès. La question inverse est au moins aussi fréquente en exploitation : le nombre d'essais n'est plus connu d'avance, et c'est lui que l'on cherche.

XX compte le nombre d'essais jusqu'au premier succès inclus, chaque essai réussissant avec la probabilité pp :

P(X=k)=(1p)k1×ppour k=1,2,P(X = k) = (1 - p)^{k-1} \times p \quad \text{pour } k = 1, 2, \dots

avec E(X)=1/pE(X) = 1/p et V(X)=(1p)/p2V(X) = (1 - p)/p^2.

En clair : pour que le premier succès tombe au kk-ième essai, les k1k - 1 essais précédents doivent tous avoir échoué, chacun avec la probabilité 1p1 - p. Le kk-ième réussit ensuite, avec la probabilité pp. L'espérance 1/p1/p se lit de même : un essai qui réussit une fois sur dix demande dix essais en moyenne.

D'un rang au suivant, la probabilité est multipliée par 1p1 - p : les P(X=k)P(X = k) forment une suite géométrique de raison 1p1 - p, d'où le nom de la loi (voir le chapitre sur les suites).

C'est la loi du « combien de tentatives avant que ça marche » : relances d'une requête réseau, essais d'un mot de passe, redémarrages avant qu'un service reparte.

Lecture rapide

Une requête échoue 5 % du temps. Le nombre d'envois nécessaires pour qu'elle passe suit une loi géométrique de paramètre 0,95 : en moyenne 1/0,951,051/0{,}95 \approx 1{,}05 envoi. Mais il en faut au moins 3 dès que les deux premiers échouent, ce qui arrive avec la probabilité 0,052=0,00250{,}05^2 = 0{,}0025. C'est rare, et pourtant loin d'être négligeable : sur un service qui traite un million de requêtes par jour, cela fait 2 500 cas quotidiens.

La figure prend un cas plus difficile, un essai qui ne réussit qu'une fois sur quatre. Regarder d'abord le premier bâton, puis la longueur de la traîne à sa droite.

00,10,2E = 4135791113151719rang du premier succèsP(X = k)
p = 0,25

espérance 4, écart-type 3,464

La loi géométrique de paramètre 0,25. Elle décroît toujours : le premier essai est le rang le plus probable, même si l'attente moyenne est de quatre essais. C'est la contradiction apparente qu'il faut avoir vue une fois. Espérance 4, écart-type 3,464.

Les deux lectures ne se contredisent pas. Le rang le plus fréquent est 1, parce qu'aucun autre rang ne demande d'échec préalable ; le rang moyen est 4, parce que la traîne de droite, rare mais longue, tire la moyenne vers le haut. Un délai d'expiration se règle sur la traîne, jamais sur le premier bâton.

Loi de Poisson : compter des événements rares

Les trois lois précédentes comptent des essais : une tentative, nn tentatives, des tentatives jusqu'au succès. Or un serveur ne reçoit pas des essais, il reçoit des arrivées, à n'importe quel instant. Il faut donc une loi qui compte sans jamais énumérer d'essais.

Définition

XX suit la loi de Poisson de paramètre λ\lambda, notée P(λ)\mathcal{P}(\lambda), si elle compte le nombre d'événements survenant dans un intervalle fixé. Ces événements arrivent indépendamment les uns des autres, à un rythme moyen de λ\lambda par intervalle :

P(X=k)=eλλkk!pour k=0,1,2,P(X = k) = e^{-\lambda} \, \frac{\lambda^k}{k!} \quad \text{pour } k = 0, 1, 2, \dots

avec la propriété remarquable E(X)=V(X)=λE(X) = V(X) = \lambda.

En clair : λ\lambda est le nombre moyen d'événements sur l'intervalle choisi, et kk le nombre dont on calcule la probabilité. Le rapport λk/k!\lambda^k / k! décroît très vite dès que kk dépasse λ\lambda, ce qui donne à la loi sa queue fine ; le facteur eλe^{-\lambda} est la constante qui fait que toutes ces probabilités totalisent 1. La loi ne s'applique que si le rythme reste le même sur tout l'intervalle : un trafic qui double à midi n'est pas une seule loi de Poisson.

C'est la loi des arrivées : requêtes sur un serveur, connexions par minute, pannes par an, paquets perdus par heure. Elle apparaît naturellement comme limite d'une binomiale quand nn est grand et pp petit, avec λ=np\lambda = np.

Cette filiation explique l'égalité E(X)=V(X)E(X) = V(X), qui sinon paraîtrait tombée du ciel. Une binomiale B(n,p)B(n, p) a pour espérance npnp et pour variance np(1p)np(1-p). En posant λ=np\lambda = np, la variance s'écrit λ(1p)\lambda(1-p). Quand pp devient très petit, le facteur (1p)(1-p) tend vers 1, et la variance rejoint l'espérance.

Une vérification qui coûte trois secondes sur des données réelles

Sur un comptage réel, calculer la moyenne et la variance de l'échantillon, comme dans le chapitre sur les statistiques. Si elles sont proches, la loi de Poisson est plausible. Si la variance dépasse nettement la moyenne, les événements ne sont pas indépendants : ils arrivent en rafales, et Poisson sous-estimera les pics. C'est le cas courant sur du trafic réseau, et l'ignorer conduit à dimensionner trop juste.

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Dimensionner, ce n'est pas dimensionner sur la moyenne

Un serveur qui reçoit 3 requêtes par seconde en moyenne et qui en traite 3 par seconde est débordé plus d'une seconde sur trois : P(X>3)0,35P(X > 3) \approx 0{,}35. Même en doublant sa capacité à 6 requêtes par seconde, il sature encore environ 3 % du temps, soit deux minutes par heure, comme le montre le calcul ci-dessus. La moyenne ne dit rien du dimensionnement : c'est la queue de distribution qui décide, et c'est pour ça qu'on calcule P(X>seuil)P(X > \text{seuil}) plutôt que E(X)E(X).

C'est cette queue qu'il faut regarder sur la figure suivante, et non le sommet.

00,10,2E = 2,50246810121416nombre d'événements par intervalleP(X = k)
λ = 2,5

espérance 2,5, écart-type 1,581

La loi de Poisson de paramètre 2,5. Contrairement à la binomiale, le nombre d'événements n'est borné par rien : la queue continue vers la droite, de plus en plus fine, sans jamais s'arrêter. Espérance 2,5, écart-type 1,581.

Aucun bâton n'est exactement nul, si loin que la figure aille vers la droite. C'est ce qui interdit de dimensionner sur la moyenne : une capacité fixée à λ\lambda laisse toujours des bâtons au-delà d'elle, et chacun d'eux est un intervalle saturé.

Voir la binomiale, Poisson et la loi normale se rejoindre

La binomiale, la loi de Poisson et la loi normale (une loi continue, en cloche) ne sont pas trois objets sans rapport. Elles décrivent la même expérience sous trois éclairages, et dans certaines conditions elles se confondent. Le bloc ci-dessous les superpose.

À mettre en pratique. Modifier N et P en gardant leur produit constant, par exemple N = 500 et P = 0.008 : la binomiale et la loi de Poisson se superposent de plus en plus. Reprendre ensuite avec N = 50 et P = 0.5 : cette fois c'est la courbe normale qui épouse les bâtons.

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Une même expérience, quatre questions
  • Bernoulli répond à « ça marche ou pas ? », une seule fois.
  • Binomiale répond à « combien de succès sur nn essais ? ».
  • Géométrique répond à « combien d'essais avant le premier succès ? ».
  • Poisson répond à « combien d'événements pendant cette durée ? », quand ils sont rares et indépendants.

Se tromper de loi vient presque toujours d'avoir mal lu la question, pas d'avoir mal calculé. La formuler à haute voix avant de choisir.

La loi normale, et le passage au continu

Sur une loi continue, une probabilité n'est plus une hauteur mais une aire. C'est le changement de nature le plus important du chapitre, et il se voit mieux qu'il ne s'explique.

μ−2σ6μ−σ8μ10μ+σ12μ+2σ14valeur mesuréedensité0,6827
± 1 σ
σ = 2

entre 8 et 12, l'aire vaut 0,6827. Déplacer l'écart-type : elle ne bouge pas.

La densité d'une loi normale de moyenne 10 et d'écart-type 2. L'aire teintée entre 8 et 12, c'est-à-dire à un écart-type de part et d'autre de la moyenne, vaut 0,683.
À manipuler
Écarter les bornes à un écart-type, puis deux, puis trois, et relever l'aire à chaque fois. Ce sont les trois nombres de la règle, et ils viennent d'être vérifiés plutôt que récités. Déplacer ensuite l'écart-type : la cloche change de forme, l'aire ne bouge pas. C'est précisément ce qui rend ces trois nombres utiles, puisqu'ils valent pour n'importe quelle loi normale.

C'est la seule loi continue du programme, et de loin la plus fréquente en pratique : elle décrit toute grandeur résultant de l'accumulation de nombreux petits aléas indépendants (une erreur de mesure, une cote d'usinage, un bruit électrique).

Sa densité est la fameuse courbe en cloche, symétrique autour de μ. Ici, P(X=a)=0P(X = a) = 0 pour toute valeur : seules les probabilités d'intervalles ont un sens.

Les trois repères à connaître par cœur
Environ 68 % des valeurs sont dans [μ − σ ; μ + σ], 95 % dans [μ − 2σ ; μ + 2σ], et 99,7 % dans [μ − 3σ ; μ + 3σ]. Ces trois nombres permettent de répondre de tête à la moitié des questions, et de contrôler les autres.

Pour utiliser une table, on centre et on réduit : on pose Z=(Xμ)/σZ = (X - \mu )/\sigma, qui suit alors la loi normale centrée réduite N(0,1)N(0, 1). On lit ensuite P(Zz)P(Z \leq z) dans la table. La symétrie donne P(Zz)=1P(Zz)P(Z \leq -z) = 1 - P(Z \leq z), ce qui évite d'avoir besoin des valeurs négatives.

Traduire une question de risque

Voici un exercice classique, plus subtil qu'il n'y paraît : la probabilité de stabiliser avec succès le réseau un jour donné est de 0,7 ; calculer le risque si la tâche est tentée pendant 4 jours.

« Le risque » ne désigne pas un événement

Deux lectures, deux résultats, tous deux justes si les jours sont indépendants :

  • au moins un échec sur les 4 jours : 10,74=10,24010,761 - 0{,}7^4 = 1 - 0{,}2401 \approx 0{,}76 ;
  • un échec les 4 jours : 0,34=0,00810{,}3^4 = 0{,}0081.

Un facteur 94 entre les deux. Avant tout calcul, écrire l'événement dont on calcule la probabilité, en français, avant de toucher aux nombres. C'est cette phrase qui porte le raisonnement, pas le résultat.

Le contrôle par simulation, qui ne remplace pas le calcul mais le confirme :

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Vérification rapideon peut se reprendre

1.« Combien de serveurs tombent en panne parmi les 40 du parc ? » relève de…

2.« Combien d'alertes vais-je recevoir cette nuit ? » relève plutôt de…

3.Un test détecte 99 % des pannes et se trompe 1 % du temps sur les machines saines. Un test positif signifie…

4.« Combien d'essais avant la première réussite ? » relève de…

5.La variance d'une loi de Bernoulli est maximale pour quelle valeur de p ?

Choisir la bonne loi

La question poséeLa loiLe paramètre
Ça marche ou pas, une foisBernoullipp
Combien de succès sur nn essaisBinomialenn, pp
Combien d'essais jusqu'au premier succèsGéométriquepp
Combien d'événements dans un intervallePoissonλ\lambda
La question de tri

Le nombre d'essais est-il fixé à l'avance ? Si oui, binomiale. Si c'est le nombre d'essais qui est la quantité inconnue, géométrique. Et s'il n'y a pas d'essais à compter, seulement des arrivées dans le temps continu, Poisson.

Exercices type

Sur 10 serveurs indépendants tombant en panne chacun avec la probabilité 0,03, quelle est la probabilité qu'au moins un tombe ?

Passer par l'événement contraire : P(aucune panne)=0,97100,7374P(\text{aucune panne}) = 0{,}97^{10} \approx 0{,}7374.

P(au moins une)=10,73740,2626P(\text{au moins une}) = 1 - 0{,}7374 \approx 0{,}2626, soit environ 26 %.

Le résultat surprend toujours : avec des composants fiables à 97 %, une grappe de 10 serveurs connaît au moins une panne une fois sur quatre. La fiabilité d'un système décroît vite avec le nombre de composants en série.

XB(20;0,1)X \sim B(20 ; 0{,}1). Calculer E(X)E(X), σ(X)\sigma(X), et P(X=0)P(X = 0)

E(X)=20×0,1=2E(X) = 20 \times 0{,}1 = 2

V(X)=20×0,1×0,9=1,8V(X) = 20 \times 0{,}1 \times 0{,}9 = 1{,}8, donc σ(X)=1,81,34\sigma(X) = \sqrt{1{,}8} \approx 1{,}34

P(X=0)=0,9200,1216P(X = 0) = 0{,}9^{20} \approx 0{,}1216

Autrement dit : on attend 2 succès en moyenne, mais il y a 12 % de chances de n'en avoir aucun. L'écart-type, du même ordre que la moyenne, dit exactement que la loi est très dispersée relativement à son centre.

Un test détecte une intrusion dans 99 % des cas et se déclenche à tort 1 fois sur 1000. Les intrusions concernent une session sur 100 000. Le test sonne : intrusion ? P(alerte)=0,99×105+0,001×(1105)0,0000099+0,000999990,00101P(\text{alerte}) = 0{,}99 \times 10^{-5} + 0{,}001 \times (1 - 10^{-5}) \approx 0{,}0000099 + 0{,}00099999 \approx 0{,}00101 P(intrusionalerte)0,00000990,001010,0098P(\text{intrusion} \mid \text{alerte}) \approx \frac{0{,}0000099}{0{,}00101} \approx 0{,}0098

soit moins de 1 %.

Sur 100 alertes, une seule correspond à une vraie intrusion. Un test « fiable à 99 % » est inutilisable seul sur un événement aussi rare. Deux issues : corréler plusieurs signaux, ou réduire fortement le taux de faux positifs, quitte à manquer des cas.

Un lien réseau perd 2 % des paquets. Combien d'envois faut-il en moyenne pour qu'un paquet passe ? Et la probabilité qu'il en faille plus de 3 ?

Loi géométrique de paramètre p=0,98p = 0{,}98.

E(X)=1/0,981,02E(X) = 1/0{,}98 \approx 1{,}02 envoi.

P(X>3)=P(les 3 premiers envois eˊchouent)=0,023=8×106P(X > 3) = P(\text{les 3 premiers envois échouent}) = 0{,}02^3 = 8 \times 10^{-6}.

Presque toujours un seul envoi, et huit cas sur un million qui demandent plus de trois tentatives. Sur 10 millions de paquets par jour, cela fait tout de même 80 paquets par jour dans ce cas : c'est ce chiffre-là qui dimensionne un délai d'expiration, pas la moyenne.

Un service reçoit 120 requêtes par minute. Probabilité d'en recevoir plus de 3 dans une seconde donnée ?

120 par minute font λ=2\lambda = 2 par seconde, et XP(2)X \sim \mathcal{P}(2).

P(X3)=e2(1+2+222!+233!)=e2×6,33330,8571P(X \leq 3) = e^{-2}\left(1 + 2 + \frac{2^2}{2!} + \frac{2^3}{3!}\right) = e^{-2} \times 6{,}3333 \approx 0{,}8571

P(X>3)0,143P(X > 3) \approx 0{,}143

Une seconde sur sept reçoit plus de 3 requêtes, alors que la moyenne est de 2. Dimensionner la file d'attente sur la moyenne, c'est la saturer 14 % du temps.

Pourquoi ne peut-on pas utiliser une binomiale pour compter les requêtes reçues en une seconde ?

Parce qu'il n'y a pas de nombre d'essais nn fixé. Une requête peut arriver à n'importe quel instant d'un intervalle continu ; il n'existe pas de liste finie de tentatives à examiner.

C'est exactement le domaine de la loi de Poisson. On peut d'ailleurs la voir comme la limite d'une binomiale : découper la seconde en nn intervalles minuscules, chacun contenant au plus une requête avec la probabilité p=λ/np = \lambda/n, puis faire tendre nn vers l'infini.

La méthode

  1. Écrire l'événement en français avant tout calcul. « Au moins un échec sur les quatre jours », cette phrase précède le premier symbole.
  2. Nommer la variable aléatoire et sa loi : XX = nombre de jours dégagés, XB(5;0,6)X \sim B(5 ; 0{,}6).
  3. Vérifier les conditions de la loi qu'on invoque, en particulier l'indépendance. Si elle est douteuse, le dire et poursuivre.
  4. Passer par le contraire dès qu'on lit « au moins un ».
  5. Donner espérance et écart-type ensemble : l'un dit où ça se passe, l'autre à quel point c'est incertain.
  6. Conclure en langage métier avec une unité concrète : « une seconde sur sept », « 80 paquets par jour », pas « 0,1429 ».

Synthèse

  • Expérience aléatoire, événement, probabilité : un événement est une partie de l'univers Ω\Omega, et une probabilité lui associe un nombre entre 0 et 1.
  • Écrire l'événement en français avant le premier symbole : « le risque » ne désigne aucun événement précis.
  • P(Aˉ)=1P(A)P(\bar{A}) = 1 - P(A) : le réflexe du contraire résout la moitié des exercices.
  • Indépendance : P(AB)=P(A)P(B)P(A \cap B) = P(A)P(B). C'est une hypothèse à justifier, pas un acquis.
  • Bayes retourne le conditionnement. Sur un événement rare, un détecteur excellent produit surtout des faux positifs.
  • E(aX+b)=aE(X)+bE(aX + b) = aE(X) + b et V(aX+b)=a2V(X)V(aX + b) = a^2V(X).
  • Bernoulli B(p)B(p) : un seul essai. E=pE = p, V=p(1p)V = p(1 - p), maximale en p=0,5p = 0{,}5.
  • Binomiale B(n,p)B(n, p) : kk succès sur nn essais fixés. P(X=k)=C(n,k)pk(1p)nkP(X = k) = C(n, k)\,p^k(1-p)^{n-k}, E=npE = np, V=np(1p)V = np(1-p).
  • Géométrique : essais jusqu'au premier succès. E=1/pE = 1/p.
  • Poisson P(λ)\mathcal{P}(\lambda) : événements rares dans un intervalle. E=V=λE = V = \lambda.
  • On dimensionne sur la queue de distribution, jamais sur la moyenne.
  • Une simulation confirme un calcul à sa précision près, jamais au-delà : elle ne le remplace pas.

Mettre en pratique