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mathsLes suites

Les suites

Objectifs du Chapitre

Distinguer une suite définie explicitement d'une suite définie par récurrence, et savoir laquelle est facile à calculer loin.

Reconnaître une suite arithmétique ou géométrique, et en donner le terme général et la somme.

Étudier le sens de variation d'une suite par trois méthodes différentes.

Déterminer si une suite est majorée, minorée, bornée.

Calculer une limite et reconnaître les formes indéterminées.

Appliquer le théorème de la limite monotone et le théorème des gendarmes.

Traiter une suite arithmético-géométrique par la méthode de la suite auxiliaire.

Où on va
Un capital qui gagne 3 % par an, une population de bactéries qui double toutes les vingt minutes, un condensateur qui perd la moitié de sa charge à chaque intervalle : ce sont des grandeurs qui n'évoluent pas continûment, mais pas à pas. Une suite est l'outil qui décrit ces processus, et la question qu'on lui pose est presque toujours la même : où est-ce que ça finit par aller ? Ce chapitre couvre le bloc Suites de l'épreuve d'algèbre du semestre 1 (40 minutes, sur feuille).

Ce qu'est une suite

Définition

Une suite est une liste infinie et ordonnée de nombres, indexée par les entiers. On note u_n le terme de rang n : attention, cette notation désigne un nombre, pas une fonction.

u₀ est le premier terme (parfois u₁, lis l'énoncé), u₁ le deuxième, et ainsi de suite. La suite entière se note (u_n).

La confusion à éviter
u_n est un nombre : le terme de rang n. (u_n) avec les parenthèses est la suite entière. Écrire « la suite u_n est croissante » est un abus de langage qui coûte des points chez certains correcteurs.

Les deux façons de définir une suite

Forme explicite : une formule qui donne directement u_n en fonction de n.

u_n = 3n + 2 → on calcule u₁₀₀ = 302 immédiatement.

Forme par récurrence : un premier terme, plus une règle qui donne chaque terme à partir du précédent.

u₀ = 1 et u_(n+1) = 2u_n + 3 → pour avoir u₁₀₀, il faut passer par les 100 précédents.

À retenir
La forme explicite est confortable, la forme par récurrence est celle qui décrit naturellement les phénomènes réels (« l'état de demain se déduit de celui d'aujourd'hui »). Une grande partie du travail sur les suites consiste précisément à passer de la récurrence à l'explicite.

Les suites arithmétiques

Définition

Une suite est arithmétique si on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre r, appelé la raison : u_(n+1) = u_n + r.

C'est le modèle de la croissance à pas constant : un salaire augmenté de 50 € par an, une hauteur d'eau qui monte de 2 cm par heure.

Terme général : on ajoute r exactement n fois pour aller de u₀ à u_n :

u_n = u₀ + n r

et plus généralement, entre deux rangs quelconques : u_n = u_p + (n − p) r.

Somme des termes : la formule à retenir sous forme parlée :

S = (nombre de termes) × (premier terme + dernier terme) / 2

C'est la moyenne du premier et du dernier, multipliée par le nombre de termes. Cas classique : 0 + 1 + 2 + … + n = n(n+1)/2.

Reconnaître une suite arithmétique : calculer u_(n+1) − u_n et constater que le résultat ne dépend pas de n.

Les suites géométriques

Définition

Une suite est géométrique si on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre q, appelé la raison : u_(n+1) = q u_n.

C'est le modèle de la croissance (ou décroissance) proportionnelle : un capital à 3 % (q = 1,03), une population qui double (q = 2), un signal atténué de moitié (q = 0,5).

Terme général :

u_n = u₀ × q^n

Somme des termes (pour q ≠ 1) :

u₀ + u₀q + u₀q² + … + u₀q^n = u₀ × (1 − q^(n+1)) / (1 − q)

Reconnaître une suite géométrique : calculer le rapport u_(n+1) / u_n et constater qu'il ne dépend pas de n.

La différence à ne jamais confondre
Arithmétique = on ajoute → on regarde la différence u_(n+1) − u_n → croissance linéaire, en ligne droite.
Géométrique = on multiplie → on regarde le rapport u_(n+1)/u_n → croissance exponentielle, qui s'emballe.

Le comportement de q^n, à connaître par cœur

C'est ce tableau qui décide de la limite de toute suite géométrique.

Raison qLimite de q^n
q > 1+∞ (l'emballement)
q = 11 (constante)
−1 < q < 10 (l'amortissement)
q ⩽ −1pas de limite (le signe alterne sans s'amortir)

Le cas |q| < 1 est celui de tous les phénomènes qui s'éteignent : décharge d'un condensateur, amortissement d'une oscillation, décroissance radioactive.

Sens de variation

Définition

Une suite est croissante si u_(n+1) ⩾ u_n pour tout n ; décroissante si u_(n+1) ⩽ u_n pour tout n ; monotone si elle est l'une ou l'autre.

Trois méthodes, à choisir selon la tête de la suite :

1. Étudier le signe de la différence u_(n+1) − u_n. La méthode générale, celle qui marche toujours. Positive → croissante.

2. Comparer le rapport u_(n+1)/u_n à 1. Réservée aux suites à termes strictement positifs : c'est une condition, pas un détail. Rapport > 1 → croissante. Pratique quand la suite contient des puissances ou des factorielles, car tout se simplifie.

3. Étudier la fonction associée. Si u_n = f(n) avec f définie sur les réels positifs, alors le sens de variation de f donne celui de la suite. Attention : cela ne fonctionne que pour les suites explicites, jamais pour les suites par récurrence.

Exemple travaillé. u_n = n² − 5n.

u_(n+1) − u_n = (n+1)² − 5(n+1) − n² + 5n = 2n + 1 − 5 = 2n − 4

Ce nombre est négatif pour n < 2, nul pour n = 2, positif ensuite. La suite décroît jusqu'au rang 2, puis croît. Elle n'est donc pas monotone, et c'est une réponse parfaitement valable.

Majorée, minorée, bornée

Définition

(u_n) est majorée s'il existe un réel M tel que u_n ⩽ M pour tout n ; minorée s'il existe m tel que u_n ⩾ m pour tout n ; bornée si elle est les deux.

Ce sont des propriétés faciles à énoncer et faciles à rater : il faut que l'inégalité soit vraie pour tous les rangs, pas seulement pour les premiers.

Un majorant n'est pas unique : si M convient, tout nombre plus grand convient aussi. On demande souvent « montrer que la suite est majorée par 3 ». Il s'agit alors de démontrer u_n ⩽ 3 pour tout n, généralement par récurrence.

Limites

Définition

(u_n) converge vers L si ses termes se rapprochent de L autant qu'on veut à partir d'un certain rang. On note lim u_n = L. Une suite qui ne converge pas diverge : soit vers ±∞, soit sans limite du tout (comme (−1)^n, qui oscille entre −1 et 1).

Les limites de référence

SuiteLimite
1/n, 1/n², 1/√n0
n, , √n+∞
q^n avec |q| < 10
q^n avec q > 1+∞

Les formes indéterminées

Quatre situations où on ne peut pas conclure directement, et où il faut transformer l'expression :

∞ − ∞    0 × ∞    ∞/∞    0/0

Indéterminé ne veut pas dire « pas de limite »
Cela veut dire « la règle habituelle ne permet pas de conclure ». La limite existe peut-être très bien : il faut juste travailler l'expression pour la faire apparaître.

La technique de référence pour un quotient de polynômes : factoriser par le terme dominant.

Exemple : u_n = (3n² + 2n − 1) / (n² − 5). On factorise en haut et en bas :

u_n = n²(3 + 2/n − 1/n²) / n²(1 − 5/n²) = (3 + 2/n − 1/n²) / (1 − 5/n²)

Les se simplifient, tous les termes en 1/n tendent vers 0, et il reste 3/1 = 3.

Le raccourci
Pour un quotient de deux polynômes en n, la limite est celle du quotient des termes de plus haut degré. Ici 3n²/n² = 3, directement. Mais sur une copie, écris la factorisation : c'est elle qui est notée.

Opérations sur les limites

Elles se comportent comme on l'espère : la limite d'une somme est la somme des limites, celle d'un produit le produit des limites, sauf dans les quatre cas indéterminés ci-dessus.

Les deux théorèmes de l'épreuve

Théorème de la limite monotone

Théorème

Une suite croissante et majorée converge. Une suite décroissante et minorée converge.

C'est le résultat le plus utilisé du chapitre, et il a une particularité qu'il faut comprendre : il prouve l'existence de la limite sans en donner la valeur. On l'utilise donc toujours en deux temps :

  1. montrer que la suite est monotone (souvent par récurrence) ;
  2. montrer qu'elle est bornée du bon côté (souvent par récurrence aussi) ;
  3. conclure qu'elle converge, puis chercher séparément la valeur de la limite.

Corollaire utile : une suite croissante et non majorée tend vers +∞.

Théorème des gendarmes

Théorème

Si v_n ⩽ u_n ⩽ w_n à partir d'un certain rang, et si v_n et w_n convergent vers la même limite L, alors u_n converge aussi vers L.

L'image : deux gendarmes qui encadrent un suspect et l'emmènent au même endroit. Le suspect ne peut aller nulle part ailleurs.

Il sert surtout à traiter les suites contenant un cos n ou un sin n, dont on ne connaît pas la limite mais dont on sait qu'elles restent entre −1 et 1.

Exemple travaillé. u_n = (cos n)/n.

On sait que −1 ⩽ cos n ⩽ 1. En divisant par n (positif, donc le sens des inégalités est conservé) :

−1/n ⩽ u_n ⩽ 1/n

Les deux gendarmes tendent vers 0, donc lim u_n = 0.

Suites arithmético-géométriques

C'est le type d'exercice le plus fréquent au semestre 1, parce qu'il combine tout le chapitre.

Définition

Une suite est arithmético-géométrique si u_(n+1) = a u_n + b, avec a ≠ 1.

Elle n'est ni arithmétique (à cause du a) ni géométrique (à cause du b). La méthode standard consiste à fabriquer une suite auxiliaire qui, elle, est géométrique.

La méthode, en trois temps :

  1. Chercher le point fixe ℓ : le nombre qui vérifie ℓ = aℓ + b, donc ℓ = b/(1−a). C'est la valeur qui, une fois atteinte, ne bouge plus, et c'est aussi la limite éventuelle.
  2. Poser v_n = u_n − ℓ et montrer que (v_n) est géométrique de raison a. Le calcul : v_(n+1) = u_(n+1) − ℓ = a u_n + b − (aℓ + b) = a(u_n − ℓ) = a v_n
  3. Conclure : v_n = v₀ a^n, donc u_n = ℓ + (u₀ − ℓ) a^n.

Exemple travaillé. u₀ = 1, u_(n+1) = 0,5 u_n + 3.

  1. Point fixe : ℓ = 0,5ℓ + 30,5ℓ = 3ℓ = 6.
  2. v_n = u_n − 6 est géométrique de raison 0,5, avec v₀ = 1 − 6 = −5.
  3. v_n = −5 × 0,5^n, donc u_n = 6 − 5 × 0,5^n.
  4. Comme |0,5| < 1, le terme en 0,5^n tend vers 0 : lim u_n = 6.

Et le résultat se lit : la suite part de 1 et monte vers 6 sans jamais l'atteindre. Le point fixe est bien la limite.

Le raisonnement par récurrence

C'est l'outil de démonstration attitré des suites définies par récurrence. Il se rédige toujours dans le même ordre, et le correcteur attend les trois parties.

Principe

Pour démontrer qu'une propriété P(n) est vraie pour tout n ⩾ n₀ :

  1. Initialisation : vérifier que P(n₀) est vraie.
  2. Hérédité : supposer P(n) vraie pour un n quelconque, et en déduire P(n+1).
  3. Conclusion : par récurrence, P(n) est vraie pour tout n ⩾ n₀.
Les deux fautes qui coûtent le plus
Oublier l'initialisation : sans elle, la démonstration ne vaut rien, on peut « démontrer » n'importe quoi. Et ne pas dire où on utilise l'hypothèse de récurrence dans l'hérédité : le correcteur cherche cette ligne précise.

Exercices type

1. Nature et terme général de u_n = 5 − 3n

u_(n+1) − u_n = 5 − 3(n+1) − 5 + 3n = −3, constant.

La suite est arithmétique de raison −3, de premier terme u₀ = 5. Elle est strictement décroissante et tend vers −∞.

2. Somme 1 + 2 + 4 + 8 + … + 2¹⁰

Suite géométrique de premier terme 1 et de raison 2, avec 11 termes (de 2⁰ à 2¹⁰).

S = 1 × (1 − 2¹¹)/(1 − 2) = (1 − 2048)/(−1) = 2047

3. Limite de u_n = (2n² − n + 3)/(5n² + 1)

On factorise en haut et en bas :

u_n = (2 − 1/n + 3/n²)/(5 + 1/n²)

Les termes en 1/n et 1/n² tendent vers 0, donc la limite vaut 2/5.

4. Limite de u_n = √(n+1) − √n

Forme indéterminée ∞ − ∞. On multiplie par la quantité conjuguée :

u_n = ((√(n+1) − √n)(√(n+1) + √n)) / (√(n+1) + √n) = (n+1−n)/(√(n+1)+√n) = 1/(√(n+1)+√n)

Le dénominateur tend vers +∞, donc lim u_n = 0.

5. u₀ = 2 et u_(n+1) = 3u_n − 4 : donner u_n puis la limite

Point fixe : ℓ = 3ℓ − 4ℓ = 2.

Or u₀ = 2 = ℓ : la suite est constante égale à 2. (Avec v_n = u_n − 2, on a v₀ = 0, donc v_n = 0 pour tout n.)

Si on avait pris u₀ = 3 : v₀ = 1, v_n = 3^n, donc u_n = 2 + 3^n, qui tend vers +∞, car ici a = 3 > 1.

6. Montrer par récurrence que u_n ⩽ 4, avec u₀ = 0 et u_(n+1) = √(u_n + 12)

Initialisation : u₀ = 0 ⩽ 4

Hérédité : supposons u_n ⩽ 4. Alors u_n + 12 ⩽ 16, et comme la racine carrée est croissante, √(u_n + 12) ⩽ √16 = 4, c'est-à-dire u_(n+1) ⩽ 4

Conclusion : par récurrence, u_n ⩽ 4 pour tout n.

Pour aller au bout : on montre de même que la suite est croissante ; croissante et majorée, elle converge. Sa limite ℓ vérifie ℓ = √(ℓ + 12), donc ℓ² − ℓ − 12 = 0, dont les racines sont 4 et −3. Comme la suite est positive, ℓ = 4.

La méthode sur feuille

  1. Calcule les trois ou quatre premiers termes. Toujours. Ils révèlent la nature de la suite et te donnent un contrôle sur le résultat final.
  2. Teste la nature : différence constante → arithmétique ; rapport constant → géométrique ; forme a u_n + b → arithmético-géométrique.
  3. Pour un quotient de polynômes, factorise par le terme dominant.
  4. Pour un cos n ou un sin n, pense gendarmes.
  5. Pour une suite par récurrence, pense récurrence : monotone + bornée → converge.
  6. Contrôle final : injecte ton u_n explicite pour n = 0, 1, 2 et compare aux termes calculés à l'étape 1. C'est le meilleur détecteur d'erreur du chapitre.
  7. Si la suite converge vers ℓ et vérifie u_(n+1) = f(u_n), alors ℓ vérifie ℓ = f(ℓ). C'est ainsi qu'on trouve la valeur de la limite.

En résumé

  • Explicite u_n = f(n) : calcul direct. Récurrence u_(n+1) = f(u_n) : il faut dérouler.
  • Arithmétique : u_(n+1) = u_n + r, u_n = u₀ + nr. Somme = (nb de termes) × (premier + dernier)/2.
  • Géométrique : u_(n+1) = q u_n, u_n = u₀ q^n. Somme = u₀(1 − q^(n+1))/(1 − q).
  • Limite de q^n : 0 si |q| < 1, +∞ si q > 1, pas de limite si q ⩽ −1.
  • Variation : signe de u_(n+1) − u_n, ou rapport comparé à 1 (termes positifs uniquement).
  • Formes indéterminées : ∞−∞, 0×∞, ∞/∞, 0/0. Pour un quotient de polynômes : factoriser le terme dominant. Pour une différence de racines : quantité conjuguée.
  • Limite monotone : croissante + majorée → converge (sans donner la limite).
  • Gendarmes : encadrer, les deux bornes vers la même limite.
  • Arithmético-géométrique u_(n+1) = a u_n + b : point fixe ℓ = b/(1−a), puis v_n = u_n − ℓ est géométrique de raison a.
  • Récurrence : initialisation, hérédité, conclusion. Les trois, toujours.

Et ensuite ? L'épreuve d'Analyse du même semestre commence avec l'Étude d'une fonction : limites, dérivée, convexité, la version continue de ce que tu viens de faire pas à pas.