Aller au contenu principal
mathsGéométrie : vecteurs, droites et plans

Géométrie : vecteurs, droites et plans

Objectifs du Chapitre

Manipuler les coordonnées d'un vecteur dans le plan et dans l'espace, et calculer sa norme.

Calculer un produit scalaire par les coordonnées ou par l'angle, et en déduire un angle ou une orthogonalité.

Calculer un produit vectoriel et savoir ce qu'il représente : direction, sens, norme, aire.

Écrire une droite sous forme paramétrique et un plan sous forme cartésienne, et passer de l'un à l'autre.

Déterminer si des vecteurs sont colinéaires, coplanaires, orthogonaux.

Calculer une distance d'un point à une droite ou à un plan.

Où on va
Une force, une vitesse, un champ magnétique : ce sont des grandeurs qui ne se résument pas à un nombre. Il faut aussi dire dans quelle direction. C'est ce qu'est un vecteur, et c'est pourquoi toute la physique s'écrit avec. Ce chapitre te donne les deux opérations qui permettent de calculer avec eux (le produit scalaire, qui mesure un alignement, et le produit vectoriel, qui fabrique une perpendiculaire), puis les applique aux droites et aux plans de l'espace. Il couvre le bloc Géométrie de l'épreuve d'algèbre du semestre 1 (40 minutes, sur feuille).

Vecteurs : ce que c'est vraiment

Définition

Un vecteur est un déplacement : une direction, un sens et une longueur. Il n'a pas de position. Deux flèches parallèles, de même sens et de même longueur, représentent le même vecteur.

C'est la différence essentielle avec un point. Un point est quelque part ; un vecteur, non : il dit seulement « avance de tant, dans telle direction ». Le vecteur qui va du point A au point B se note AB (avec une flèche au-dessus sur ta copie) et se calcule en soustrayant les coordonnées :

AB = (x_B − x_A, y_B − y_A, z_B − z_A)

L'ordre compte
C'est arrivée moins départ. AB et BA sont opposés. L'erreur de signe ici se propage dans tout l'exercice.

Opérations de base

Dans une base fixée, tout se fait coordonnée par coordonnée :

  • Addition : u + v = (u₁+v₁, u₂+v₂, u₃+v₃). Géométriquement, on met les flèches bout à bout.
  • Multiplication par un réel : k·u = (k u₁, k u₂, k u₃). La flèche s'allonge (|k| > 1), se raccourcit (|k| < 1), ou change de sens (k < 0), mais garde sa direction.

Norme

Définition

La norme d'un vecteur u = (u₁, u₂, u₃) est sa longueur : ‖u‖ = √(u₁² + u₂² + u₃²).

C'est Pythagore, appliqué deux fois dans l'espace. Un vecteur de norme 1 est dit unitaire ; pour rendre unitaire un vecteur non nul, on le divise par sa norme : u / ‖u‖. On appelle ça normer le vecteur, et c'est un réflexe utile : dans beaucoup de formules, on ne s'intéresse qu'à la direction.

Colinéarité

Définition

Deux vecteurs sont colinéaires s'ils ont la même direction, c'est-à-dire s'il existe un réel k tel que v = k·u (avec u non nul).

En pratique, on vérifie que les coordonnées sont proportionnelles. Dans le plan, il existe un test plus rapide : le déterminant.

det(u, v) = u₁ v₂ − u₂ v₁

Les vecteurs sont colinéaires si et seulement si ce déterminant est nul. Sa valeur absolue est par ailleurs l'aire du parallélogramme construit sur u et v, ce qui explique le test : une aire nulle signifie que le parallélogramme est aplati, donc que les deux vecteurs sont alignés.

Le produit scalaire

C'est l'outil qui mesure à quel point deux vecteurs pointent dans la même direction.

Définition

Le produit scalaire de deux vecteurs se calcule de deux façons, toujours égales :

  • par les coordonnées : u · v = u₁v₁ + u₂v₂ + u₃v₃
  • par l'angle : u · v = ‖u‖ × ‖v‖ × cos θ, où θ est l'angle entre u et v.

Le résultat est un nombre réel, pas un vecteur.

C'est la coexistence de ces deux formules qui fait toute la puissance de l'outil : on calcule à gauche avec les coordonnées, et on lit à droite une information géométrique.

Ce que son signe raconte

Comme les normes sont positives, le signe du produit scalaire est celui de cos θ :

u · vangleinterprétation
> 0θ < 90°les vecteurs pointent globalement dans le même sens
= 0θ = 90°les vecteurs sont orthogonaux
< 0θ > 90°ils pointent en sens opposés
À retenir
Produit scalaire nul ⟺ vecteurs orthogonaux (pour des vecteurs non nuls). C'est de loin l'usage le plus fréquent : chaque fois qu'un énoncé parle de perpendiculaire, d'angle droit, ou de « hauteur », le produit scalaire est l'outil.

Calculer un angle

En égalant les deux formules, on isole le cosinus :

cos θ = (u · v) / (‖u‖ ‖v‖)

Exemple travaillé. Soit u = (1, 2, 2) et v = (3, 0, 4).

  1. u · v = 1×3 + 2×0 + 2×4 = 11
  2. ‖u‖ = √(1 + 4 + 4) = 3 et ‖v‖ = √(9 + 0 + 16) = 5
  3. cos θ = 11 / 15 ≈ 0,733, donc θ ≈ 42,8°
Contrôle systématique
Le rapport (u·v)/(‖u‖‖v‖) est toujours compris entre −1 et 1 (c'est l'inégalité de Cauchy-Schwarz). Si tu trouves 1,4, tu as une erreur de calcul, pas un angle exotique.

Propriétés à connaître

  • Symétrique : u · v = v · u
  • Bilinéaire : (k u) · v = k (u · v) et (u + w) · v = u·v + w·v. On développe comme une multiplication ordinaire
  • u · u = ‖u‖² : c'est ainsi qu'on transforme une longueur en produit scalaire

Cette dernière égalité sert à démontrer proprement : ‖u + v‖² = (u+v)·(u+v) = ‖u‖² + 2 u·v + ‖v‖². Quand u et v sont orthogonaux, le terme du milieu disparaît et on retrouve Pythagore.

Le produit vectoriel

Réservé à l'espace (dimension 3). Là où le produit scalaire renvoie un nombre, celui-ci renvoie un vecteur.

Définition

Le produit vectoriel u ∧ v est le vecteur :

  • de direction perpendiculaire à la fois à u et à v ;
  • de sens donné par la règle de la main droite (pouce = u, index = v, majeur = u ∧ v) ;
  • de norme ‖u ∧ v‖ = ‖u‖ ‖v‖ |sin θ|, qui est l'aire du parallélogramme construit sur u et v.

En coordonnées, avec u = (u₁, u₂, u₃) et v = (v₁, v₂, v₃) :

u ∧ v = (u₂v₃ − u₃v₂ , u₃v₁ − u₁v₃ , u₁v₂ − u₂v₁)

Le moyen mnémotechnique
Pour la première coordonnée, on oublie la ligne 1 et on fait le déterminant croisé des lignes 2 et 3 : u₂v₃ − u₃v₂. Pour la deuxième, on oublie la ligne 2, on croise les lignes 3 et 1 (dans cet ordre : 3 puis 1). Pour la troisième, on oublie la ligne 3 et on croise 1 et 2. Les indices tournent en boucle : 23, 31, 12.

Propriétés

  • Antisymétrique : v ∧ u = − (u ∧ v). L'ordre compte, contrairement au produit scalaire.
  • u ∧ u = 0 (vecteur nul).
  • u ∧ v = 0 si et seulement si u et v sont colinéaires. C'est le test de colinéarité dans l'espace.
  • u · (u ∧ v) = 0 : le résultat est bien perpendiculaire aux deux vecteurs de départ, un contrôle en trois multiplications.

Ce qu'on en fait

QuestionOutil
Ces deux vecteurs sont-ils orthogonaux ?produit scalaire nul
Ces deux vecteurs sont-ils colinéaires ?produit vectoriel nul
Trouver un vecteur perpendiculaire à deux autresproduit vectoriel
Aire d'un parallélogramme / d'un triangle‖u ∧ v‖ / la moitié
Volume d'un parallélépipède|u · (v ∧ w)| (produit mixte)

Exemple travaillé : aire d'un triangle. A(1,0,0), B(0,2,0), C(0,0,3).

  1. AB = (−1, 2, 0) et AC = (−1, 0, 3).
  2. AB ∧ AC = (2×3 − 0×0 , 0×(−1) − (−1)×3 , (−1)×0 − 2×(−1)) = (6, 3, 2)
  3. Contrôle : AB · (6,3,2) = −6 + 6 + 0 = 0
  4. ‖AB ∧ AC‖ = √(36 + 9 + 4) = √49 = 7
  5. L'aire du triangle est la moitié de celle du parallélogramme : 7/2 = 3,5.

Droites et plans de l'espace

La droite

Une droite est déterminée par un point A et un vecteur directeur u. Un point M est sur la droite si AM est colinéaire à u, ce qui donne la représentation paramétrique :

x = x_A + t·u₁
y = y_A + t·u₂        t décrit tous les réels
z = z_A + t·u₃

Le paramètre t est une position sur la droite : t = 0 donne A, t = 1 donne le point A + u, t négatif donne les points de l'autre côté.

Le plan

Un plan est déterminé par un point A et un vecteur normal n (perpendiculaire au plan). Un point M est dans le plan si AM · n = 0. En développant, on obtient l'équation cartésienne :

a x + b y + c z + d = 0

La chose à retenir sur les plans
Dans a x + b y + c z + d = 0, les coefficients (a, b, c) sont les coordonnées d'un vecteur normal au plan. Cette lecture directe permet de répondre en une ligne à la moitié des questions sur les plans.

Le coefficient d se trouve en injectant les coordonnées d'un point connu du plan.

Exemple travaillé : équation du plan passant par A(1,0,0), B(0,2,0), C(0,0,3).

  1. Un vecteur normal est n = AB ∧ AC = (6, 3, 2) (calculé plus haut).
  2. L'équation est donc de la forme 6x + 3y + 2z + d = 0.
  3. On y injecte A : 6×1 + 0 + 0 + d = 0, donc d = −6.
  4. Le plan a pour équation 6x + 3y + 2z − 6 = 0.
  5. Contrôle avec B : 0 + 6 + 0 − 6 = 0 ✓ ; avec C : 0 + 0 + 6 − 6 = 0

Positions relatives

SituationTest
Deux droites parallèlesvecteurs directeurs colinéaires
Droite parallèle à un planu · n = 0 (directeur ⊥ normale)
Droite perpendiculaire à un planu colinéaire à n
Deux plans parallèlesnormales colinéaires
Deux plans perpendiculairesn · n' = 0

Note le renversement, qui est la principale source d'erreurs : pour qu'une droite soit parallèle à un plan, il faut que son directeur soit orthogonal à la normale. C'est logique dès qu'on se rappelle que la normale est perpendiculaire au plan, mais sur une copie sous pression, on écrit l'inverse.

Distance d'un point à un plan

Pour un plan d'équation ax + by + cz + d = 0 et un point M(x₀, y₀, z₀) :

dist(M, P) = |a x₀ + b y₀ + c z₀ + d| / √(a² + b² + c²)

L'interprétation : on injecte le point dans l'équation (ce qui donne 0 s'il est dans le plan, et une valeur d'autant plus grande qu'on s'en éloigne), puis on divise par la norme du vecteur normal pour obtenir une vraie longueur. La valeur absolue est indispensable : une distance est positive.

Distance d'un point à une droite

Pour une droite passant par A et de vecteur directeur u :

dist(M, D) = ‖AM ∧ u‖ / ‖u‖

L'interprétation : ‖AM ∧ u‖ est l'aire du parallélogramme construit sur AM et u ; en divisant par la longueur de la base ‖u‖, on obtient la hauteur, c'est-à-dire la distance cherchée.

Exercices type

1. Les points A(1,1,1), B(3,2,0) et C(−1,0,2) sont-ils alignés ?

AB = (2, 1, −1) et AC = (−2, −1, 1).

On voit immédiatement que AC = −AB : les vecteurs sont colinéaires, donc les points sont alignés.

Vérification par le produit vectoriel : AB ∧ AC = (1×1 − (−1)(−1), (−1)(−2) − 2×1, 2×(−1) − 1×(−2)) = (0, 0, 0)

2. Le triangle A(0,0,0), B(2,1,2), C(1,−2,0) est-il rectangle ?

AB = (2,1,2), AC = (1,−2,0), BC = (−1,−3,−2).

  • AB · AC = 2 − 2 + 0 = 0il est rectangle en A.

Au passage : ‖AB‖ = 3, ‖AC‖ = √5, donc son aire vaut (3 × √5)/2.

3. Distance du point M(1,1,1) au plan 2x − y + 2z − 3 = 0

Numérateur : |2×1 − 1 + 2×1 − 3| = |0| = 0.

La distance est nulle : le point appartient au plan.

Si on prend plutôt M'(2,1,1) : |4 − 1 + 2 − 3| = 2, et √(4 + 1 + 4) = 3, donc dist = 2/3.

4. Équation du plan passant par A(2,1,0) et perpendiculaire à la droite de directeur u = (1,−1,3)

« Perpendiculaire à la droite » signifie que le directeur de la droite est normal au plan. Donc n = (1, −1, 3) et l'équation est x − y + 3z + d = 0.

En injectant A : 2 − 1 + 0 + d = 0, donc d = −1.

Réponse : x − y + 3z − 1 = 0.

5. Angle entre u = (1,1,0) et v = (1,0,1)

u · v = 1, ‖u‖ = ‖v‖ = √2.

cos θ = 1/2, donc θ = 60° (soit π/3).

La méthode sur feuille

  1. Fais un croquis, même approximatif, même dans l'espace. La moitié des erreurs de signe se voient sur un dessin.
  2. Calcule d'abord les vecteurs (arrivée moins départ) et écris-les proprement. Une erreur ici invalide tout.
  3. Choisis l'outil selon le mot-clé de l'énoncé : perpendiculaire, angle, projection → scalaire. Aire, volume, « normal à », colinéaire → vectoriel.
  4. Après un produit vectoriel, vérifie en calculant u · (u ∧ v) : ça doit faire 0.
  5. Pour un plan, lis directement la normale dans les coefficients.
  6. Vérifie qu'une distance est positive et qu'un cosinus est entre −1 et 1.

En résumé

  • Un vecteur est un déplacement : direction, sens, longueur. AB = arrivée − départ.
  • Norme : ‖u‖ = √(u₁² + u₂² + u₃²). Un vecteur unitaire s'obtient en divisant par la norme.
  • Produit scalaire : u·v = u₁v₁ + u₂v₂ + u₃v₃ = ‖u‖‖v‖cos θ. C'est un nombre. Nul ⟺ orthogonaux.
  • Produit vectoriel : u ∧ v (indices 23, 31, 12). C'est un vecteur perpendiculaire aux deux. Nul ⟺ colinéaires. Sa norme est l'aire du parallélogramme.
  • Droite : un point + un vecteur directeur → représentation paramétrique.
  • Plan : un point + un vecteur normal → ax + by + cz + d = 0, où (a,b,c) est la normale.
  • Distance point-plan : |ax₀+by₀+cz₀+d| / √(a²+b²+c²). Point-droite : ‖AM ∧ u‖ / ‖u‖.
  • Droite parallèle à un plan ⟺ directeur orthogonal à la normale. Attention au renversement.

Et ensuite ? Le chapitre Suites aborde l'autre moitié de l'épreuve d'algèbre du semestre 1 : les processus qui évoluent pas à pas.