Les nombres complexes
Objectifs du Chapitre
Écrire un nombre complexe sous forme algébrique a + ib et le placer dans le plan.
Additionner, multiplier, conjuguer et diviser deux complexes.
Calculer un module et un argument, sans se tromper de quadrant.
Passer de la forme algébrique à la forme trigonométrique et exponentielle, dans les deux sens.
Choisir la bonne forme selon l'opération : algébrique pour additionner, exponentielle pour multiplier.
Appliquer la formule de Moivre et déterminer les racines n-ièmes d'un complexe.
Résoudre une équation du second degré à discriminant négatif.
x² + 1 = 0. Aucun nombre que tu connais ne la résout : un carré est toujours positif. On pourrait s'arrêter là. Les mathématiciens du XVIe siècle ont fait l'inverse. Ils ont décidé qu'un tel nombre existait, et ont regardé ce qui se passait. Il s'est passé que tout continuait de fonctionner, et qu'on venait d'inventer l'outil qui décrit le mieux tout ce qui tourne : une roue, une onde, un courant alternatif. Ce chapitre couvre le bloc Complexes de l'épreuve d'algèbre du semestre 1 (40 minutes, sur feuille).
Le nombre i
On appelle i le nombre imaginaire tel que i² = −1.
C'est la seule règle nouvelle du chapitre. Tout le reste est du calcul algébrique ordinaire : on développe, on factorise, on réduit, exactement comme avec des lettres, et à la fin, on remplace chaque i² par −1.
i, parce que i désigne déjà l'intensité du courant. Tu croiseras les deux notations selon la matière. Elles désignent le même objet.
La forme algébrique
Un nombre complexe s'écrit z = a + ib, où a et b sont deux nombres réels. On appelle a la partie réelle de z (notée Re z) et b sa partie imaginaire (notée Im z).
Attention à un détail qui coûte des points : la partie imaginaire de 3 + 5i vaut 5, pas 5i. C'est un nombre réel.
Deux cas particuliers portent un nom :
- si
b = 0, z est un réel ordinaire : les réels sont donc des complexes ; - si
a = 0, z est dit imaginaire pur (exemple :7i).
Deux complexes sont égaux si et seulement si leurs parties réelles sont égales et leurs parties imaginaires sont égales. C'est ce qu'on appelle l'identification, et c'est un outil de démonstration à part entière : d'une seule égalité entre complexes, on tire deux équations entre réels.
Le plan complexe
Un complexe porte deux nombres réels : on peut donc le dessiner comme un point du plan, la partie réelle en abscisse et la partie imaginaire en ordonnée. z = 3 + 2i est le point de coordonnées (3, 2), qu'on appelle son image.
Im
3 |
2 | • z = 3 + 2i
1 | ⟋
0 +----+----+----+---- Re
0 1 2 3
Cette image n'est pas décorative : c'est elle qui rend tout le chapitre lisible. Un complexe, c'est une flèche partant de l'origine. Elle a une longueur et une direction : ce seront le module et l'argument.
Additionner
On additionne les parties réelles entre elles, les parties imaginaires entre elles :
(3 + 2i) + (1 + 4i) = 4 + 6i
Géométriquement, c'est l'addition de deux flèches mises bout à bout, exactement comme des vecteurs.
Multiplier
On développe, puis on remplace i² par −1 :
(3 + 2i)(1 + 4i) = 3 + 12i + 2i + 8i² = 3 + 14i − 8 = −5 + 14i
i² par −1.
Le conjugué
Le conjugué de z = a + ib est z̄ = a − ib. On change le signe de la partie imaginaire ; géométriquement, on symétrise le point par rapport à l'axe des réels.
Son intérêt tient dans un seul calcul, à connaître par cœur :
z × z̄ = (a + ib)(a − ib) = a² − (ib)² = a² + b²
Le produit d'un complexe par son conjugué est donc toujours un réel positif. C'est le seul outil dont on a besoin pour diviser.
Deux autres égalités, utiles pour démontrer :
z + z̄ = 2a = 2 Re zz − z̄ = 2ib = 2i Im z
D'où : z est réel si et seulement si z̄ = z, et z est imaginaire pur si et seulement si z̄ = −z.
Diviser
Une fraction avec un i au dénominateur n'est pas une forme acceptable : on n'y lit ni la partie réelle ni la partie imaginaire. La technique consiste à multiplier haut et bas par le conjugué du dénominateur, ce qui rend celui-ci réel.
Exemple avec (3 + 2i) / (1 + 4i) :
- Le conjugué du dénominateur est
1 − 4i. - En bas :
(1 + 4i)(1 − 4i) = 1² + 4² = 17. - En haut :
(3 + 2i)(1 − 4i) = 3 − 12i + 2i − 8i² = 3 − 10i + 8 = 11 − 10i. - Résultat :
(11 − 10i)/17, soit11/17 − (10/17) i.
(11 − 10i)/17 est incomplet. On demande la forme algébrique, c'est-à-dire deux réels bien séparés : 11/17 − (10/17) i. Sépare toujours, même quand le résultat est moche.
Module et argument
Reviens à l'image de la flèche : une flèche, c'est une longueur et une direction.
Le module
Le module de z = a + ib est |z| = √(a² + b²). C'est la distance de l'origine au point (a, b) : le théorème de Pythagore.
Exemple : |3 + 4i| = √(9 + 16) = √25 = 5.
|z| est un réel positif ou nul, nul seulement si z = 0 ; |z|² = z z̄ ; |z z'| = |z| × |z'| ; |z/z'| = |z|/|z'| ; et |z + z'| ⩽ |z| + |z'| (inégalité triangulaire).
Note bien que le module ne s'additionne pas : |z + z'| n'est pas |z| + |z'| en général. Deux flèches opposées s'annulent.
L'argument
L'argument de z ≠ 0, noté arg z, est l'angle en radians entre l'axe des réels et la flèche. Il n'est défini qu'à 2π près : un tour complet ramène au même point.
Pour le calculer, on cherche l'angle θ tel que :
cos θ = a / |z| et sin θ = b / |z|
Il faut les deux, et c'est là que se joue l'exercice. tan θ = b/a donne la même valeur pour un point et pour son symétrique par rapport à l'origine : une arctangente utilisée sans réfléchir te donne un angle qui peut être décalé de π.
Exemple travaillé : argument de z = −1 + i
- Module :
|z| = √(1 + 1) = √2. cos θ = −1/√2 = −√2/2etsin θ = 1/√2 = √2/2.- Cosinus négatif, sinus positif → deuxième quadrant.
- L'angle du deuxième quadrant qui a ces valeurs est θ = 3π/4.
Valeurs remarquables à savoir de tête pour l'épreuve :
| θ | 0 | π/6 | π/4 | π/3 | π/2 |
|---|---|---|---|---|---|
| cos θ | 1 | √3/2 | √2/2 | 1/2 | 0 |
| sin θ | 0 | 1/2 | √2/2 | √3/2 | 1 |
arg(z z') = arg z + arg z' (mod 2π), arg(z/z') = arg z − arg z', arg(z̄) = −arg z, arg(z^n) = n arg z.
Les formes trigonométrique et exponentielle
Si r = |z| et θ = arg z, alors par définition du cosinus et du sinus, a = r cos θ et b = r sin θ. Donc tout complexe non nul s'écrit :
z = r (cos θ + i sin θ) : forme trigonométrique
Euler a montré que la parenthèse se note plus court : cos θ + i sin θ = e^(iθ). D'où :
z = r e^(iθ) : forme exponentielle
Pourquoi une troisième écriture
Parce qu'elle transforme la multiplication en addition. Avec z = r e^(iθ) et z' = r' e^(iθ') :
z × z' = r r' e^(i(θ + θ')) et z / z' = (r/r') e^(i(θ − θ'))
Deux cas particuliers qui reviennent sans arrêt :
- multiplier par
i(module 1, argument π/2) = tourner d'un quart de tour dans le sens direct ; - multiplier par
−1(module 1, argument π) = tourner d'un demi-tour.
Choisir sa forme
| Ce que tu dois faire | Forme à utiliser |
|---|---|
| Additionner, soustraire | Algébrique a + ib |
| Multiplier, diviser | Exponentielle r e^(iθ) |
| Élever à une puissance, extraire une racine | Exponentielle |
| Rendre le résultat | Celle que demande l'énoncé, relis-le |
Une bonne copie commence souvent par convertir dans la forme adaptée, fait le calcul en deux lignes, puis reconvertit. Une mauvaise copie développe (1 + i)^8 à la main.
Exemple travaillé : calculer (1 + i)^8
|1 + i| = √2etarg(1 + i) = π/4(cos et sin tous deux positifs et égaux → premier quadrant, 45°).- Donc
1 + i = √2 e^(iπ/4). (1 + i)^8 = (√2)^8 × e^(i·8π/4) = 16 × e^(2iπ).e^(2iπ) = 1(un tour complet), donc le résultat est 16.
Trois lignes contre une page de développement.
Formule de Moivre
En appliquant n fois la règle du produit à un complexe de module 1 :
(cos θ + i sin θ)^n = cos(nθ) + i sin(nθ) : formule de Moivre
Elle sert dans les deux sens :
- de gauche à droite pour calculer des puissances ;
- de droite à gauche pour établir des formules de trigonométrie. En développant
(cos θ + i sin θ)²et en identifiant partie réelle et partie imaginaire aveccos 2θ + i sin 2θ, on retrouve d'un coupcos 2θ = cos²θ − sin²θetsin 2θ = 2 sin θ cos θ.
On utilise aussi souvent les formules d'Euler, qui vont dans l'autre sens :
cos θ = (e^(iθ) + e^(−iθ)) / 2 et sin θ = (e^(iθ) − e^(−iθ)) / (2i)
Ce sont elles qui permettent de linéariser : transformer un cos³θ en une somme de cosinus d'angles multiples, forme sous laquelle on sait intégrer.
Racines n-ièmes
On cherche les z tels que z^n = w. On écrit w = R e^(iφ) et z = r e^(iθ). L'égalité impose r^n = R et nθ = φ + 2kπ, d'où :
r = R^(1/n) et θ = φ/n + 2kπ/n, pour k = 0, 1, …, n−1
Exemple travaillé : les racines cubiques de 8
8 = 8 e^(i·0). Donc r = 8^(1/3) = 2 et θ = 0 + 2kπ/3, pour k = 0, 1, 2 :
- k = 0 :
2 e^(i·0) = 2 - k = 1 :
2 e^(2iπ/3) = 2(−1/2 + i√3/2) = −1 + i√3 - k = 2 :
2 e^(4iπ/3) = −1 − i√3
Trois points de module 2, espacés de 120° : un triangle équilatéral. Et les deux racines complexes sont bien conjuguées, ce qui est le contrôle à faire.
Le second degré à discriminant négatif
C'est l'application la plus fréquente au semestre 1. Pour az² + bz + c = 0 avec a, b, c réels et Δ = b² − 4ac :
| Discriminant | Racines |
|---|---|
Δ > 0 | deux racines réelles (−b ± √Δ)/(2a) |
Δ = 0 | une racine double −b/(2a) |
Δ < 0 | deux racines complexes conjuguées (−b ± i√(−Δ))/(2a) |
La seule nouveauté est le passage de √Δ à i√(−Δ) : comme Δ est négatif, −Δ est positif et sa racine carrée existe.
Exemple travaillé : z² − 2z + 5 = 0
Δ = 4 − 20 = −16, donc √(−Δ) = 4, et les racines sont (2 ± 4i)/2 = 1 ± 2i.
1 + 2i sans trouver 1 − 2i, tu as fait une erreur de signe. Vérifie aussi que la somme des racines vaut −b/a et leur produit c/a.
Exercices type
1. Mettre (2 + i)/(1 − i) sous forme algébrique
On multiplie haut et bas par le conjugué 1 + i :
- en bas :
(1 − i)(1 + i) = 1 + 1 = 2; - en haut :
(2 + i)(1 + i) = 2 + 2i + i + i² = 1 + 3i.
Résultat : (1 + 3i)/2 = 1/2 + (3/2) i.
2. Donner le module et un argument de z = −√3 + i
Module : |z| = √(3 + 1) = 2.
cos θ = −√3/2 et sin θ = 1/2. Cosinus négatif, sinus positif → deuxième quadrant. L'angle qui convient est θ = 5π/6.
Forme exponentielle : z = 2 e^(5iπ/6).
3. Calculer (−√3 + i)^6
On réutilise l'exercice précédent : z = 2 e^(5iπ/6).
z^6 = 2^6 e^(i·30π/6) = 64 e^(5iπ).
5π = π + 4π, et 4π vaut deux tours complets : e^(5iπ) = e^(iπ) = −1.
Résultat : −64.
4. Résoudre z² + 4z + 13 = 0
Δ = 16 − 52 = −36, donc √(−Δ) = 6.
Racines : (−4 ± 6i)/2 = −2 + 3i et −2 − 3i.
Contrôle : somme = −4 = −b/a ✓, produit = 4 + 9 = 13 = c/a ✓.
5. Résoudre z⁴ = −16
−16 = 16 e^(iπ). Donc r = 16^(1/4) = 2 et θ = π/4 + kπ/2 pour k = 0, 1, 2, 3 :
2e^(iπ/4), 2e^(3iπ/4), 2e^(5iπ/4), 2e^(7iπ/4)
soit, sous forme algébrique, √2 + i√2, −√2 + i√2, −√2 − i√2, √2 − i√2.
Quatre points de module 2 aux sommets d'un carré. Ils sont conjugués deux à deux, comme attendu pour une équation à coefficients réels.
La méthode sur feuille
L'épreuve dure 40 minutes, sans machine. L'ordre qui fait gagner du temps :
- Lis la forme demandée dans l'énoncé (algébrique ? exponentielle ?). C'est elle qui décide de tout.
- Dessine le point dès que tu calcules un argument. Le quadrant se lit sur le dessin, et c'est ce qui t'évite l'erreur de π.
- Pour une division : multiplie par le conjugué du dénominateur. Toujours.
- Pour une puissance ou une racine : passe en exponentielle. Toujours.
- Contrôle le module :
|z z'| = |z||z'|attrape la plupart des erreurs de calcul en deux secondes. - Si les coefficients étaient réels, vérifie que tes racines sont conjuguées.
En résumé
i² = −1: seule règle nouvelle, le reste est du calcul algébrique ordinaire.- Forme algébrique
z = a + ib, idéale pour additionner. La partie imaginaire est le réelb, pasib. - Le conjugué
z̄ = a − ibsert à diviser, carz z̄ = a² + b²est réel. - Module
|z| = √(a² + b²)= longueur ; argument = angle, défini à 2π près. Il faut cosinus et sinus pour ne pas se tromper de quadrant. - Forme exponentielle
z = r e^(iθ), idéale pour multiplier, diviser, élever à une puissance : on multiplie les modules et on additionne les arguments. - Moivre :
(cos θ + i sin θ)^n = cos nθ + i sin nθ. Euler :cos θ = (e^(iθ) + e^(−iθ))/2. - Un complexe non nul a n racines n-ièmes, aux sommets d'un polygone régulier.
- Discriminant négatif → deux racines conjuguées
(−b ± i√(−Δ))/(2a).
Et ensuite ? Le chapitre Géométrie reprend cette idée de flèche, mais dans l'espace et sans les complexes : vecteurs, produit scalaire, produit vectoriel, droites et plans.