Statistiques
Objectifs du Chapitre
Calculer moyenne, médiane, quartiles, étendue et écart interquartile d'une série.
Calculer une variance et un écart-type, et interpréter la dispersion.
Choisir l'indicateur adapté selon la présence de valeurs extrêmes.
Lire et construire une boîte à moustaches.
Calculer un coefficient de corrélation et écrire une droite de régression.
Distinguer corrélation et causalité.
Estimer une proportion et donner un intervalle de confiance.
Vocabulaire
La population est l'ensemble étudié ; un individu en est un élément ; le caractère est ce qu'on observe. Il est quantitatif s'il se mesure par un nombre (une taille, une durée), qualitatif sinon (une couleur, une marque).
Un caractère quantitatif est discret s'il prend des valeurs isolées (nombre d'enfants), continu s'il peut prendre toute valeur d'un intervalle (une masse) : on le regroupe alors en classes.
L'effectif nᵢ est le nombre d'individus ayant la valeur xᵢ ; la fréquence fᵢ = nᵢ/N est la proportion correspondante. La somme des fréquences vaut toujours 1 : c'est le premier contrôle d'un tableau.
Indicateurs de position
Ils répondent à la question : « où se situe le centre des données ? »
Moyenne
x̄ = (Σ nᵢ xᵢ) / N
C'est le centre de gravité de la série : si on posait les valeurs sur une règle, elle basculerait sur ce point. Elle utilise toutes les valeurs, ce qui est sa force et sa faiblesse.
1500, 1600, 1700, 1800, 20000, la moyenne vaut 5320 € : un montant que personne ne gagne, et qui ne décrit rien. C'est le cas d'école, mais il se présente réellement dès qu'une mesure est fausse.
Médiane
La médiane Me est la valeur qui partage la série ordonnée en deux moitiés de même effectif : au moins 50 % des valeurs lui sont inférieures ou égales, au moins 50 % lui sont supérieures ou égales.
La méthode, en deux temps qu'on n'inverse jamais :
- Ordonner la série dans l'ordre croissant.
- Si N est impair, la médiane est la valeur de rang
(N+1)/2. Si N est pair, c'est la moyenne des valeurs de rangN/2etN/2 + 1.
Sur l'exemple des salaires, la médiane vaut 1700 €, bien plus représentative. C'est pourquoi les statistiques sur les revenus sont toujours publiées en médiane.
Médiane quand la série est très asymétrique ou contient des valeurs extrêmes : elle est robuste, une valeur aberrante ne la déplace presque pas.
Comparer les deux est déjà un résultat : moyenne nettement supérieure à la médiane ⟹ la série est étirée vers le haut.
Quartiles
Q₁ est la plus petite valeur telle qu'au moins 25 % des données lui soient inférieures ou égales ; Q₃ correspond à 75 %. La médiane est le deuxième quartile.
En pratique sur une série ordonnée de N valeurs : on calcule N/4 et 3N/4 ; si le résultat est entier, on prend la valeur de ce rang (ou, selon la convention de l'énoncé, la moyenne avec la suivante) ; sinon, on arrondit à l'entier supérieur.
Indicateurs de dispersion
Ils répondent à : « les données sont-elles serrées ou étalées ? » Deux séries de même moyenne peuvent être radicalement différentes, et c'est la dispersion qui les distingue.
Étendue et écart interquartile
- Étendue = max − min. Simple, mais entièrement déterminée par les deux valeurs les plus extrêmes : très fragile.
- Écart interquartile =
Q₃ − Q₁. C'est l'amplitude des 50 % centraux, insensible aux valeurs extrêmes. On le préfère systématiquement à l'étendue.
Variance et écart-type
V = (Σ nᵢ xᵢ²)/N − x̄² (formule pratique, dite de König-Huygens)
σ = √V
La variance est la moyenne des carrés des écarts à la moyenne. On prend des carrés pour que les écarts positifs et négatifs ne se compensent pas, mais du coup l'unité est au carré, ce qui n'est pas interprétable. D'où l'écart-type, qui revient à l'unité des données.
Pour comparer la dispersion de deux séries d'unités différentes, on utilise le coefficient de variation CV = σ/x̄, sans unité, souvent exprimé en pourcentage.
Boîte à moustaches
Elle résume la série par cinq nombres : minimum, Q₁, médiane, Q₃, maximum.
┌────┬──────┐
├────┤ │ ├────┤
└────┴──────┘
min Q₁ Me Q₃ max
La boîte contient les 50 % centraux ; les moustaches vont aux extrêmes. Ce qu'on y lit d'un coup d'œil : le niveau (position de la médiane), la dispersion (largeur de la boîte) et la symétrie (médiane décentrée = série asymétrique). C'est l'outil de comparaison de plusieurs séries par excellence.
Séries à deux variables
On mesure deux caractères sur les mêmes individus (une température et une résistance, une durée d'usage et une usure) et on cherche s'ils sont liés.
Nuage de points
On représente chaque individu par le point (xᵢ, yᵢ). Le point moyen G(x̄, ȳ) est le centre de gravité du nuage. Regarder le nuage avant de calculer quoi que ce soit est indispensable : lui seul révèle une relation courbe, un groupe à part, une valeur aberrante.
Covariance et corrélation
cov(x,y) = (Σ xᵢyᵢ)/N − x̄ȳ
La covariance est positive si les deux variables varient dans le même sens, négative sinon. Mais sa valeur dépend des unités, donc elle ne se compare pas. On la normalise :
Le coefficient de corrélation linéaire est
r = cov(x,y) / (σₓ σᵧ)
Il est toujours compris entre −1 et 1.
Sa lecture :
rproche de 1 : les points sont presque alignés sur une droite croissante ;rproche de −1 : presque alignés sur une droite décroissante ;rproche de 0 : aucune relation linéaire, ce qui n'exclut pas une relation d'un autre type.
2.
r = 0 ne signifie pas « indépendantes ». Des points parfaitement disposés sur une parabole peuvent donner r = 0 : la relation est totale, mais elle n'est pas linéaire, et r ne mesure que le linéaire. D'où l'obligation de regarder le nuage.
Droite de régression
La droite de régression de y en x, dite droite des moindres carrés, est celle qui minimise la somme des carrés des écarts verticaux entre les points et la droite. Son équation est y = a x + b avec
a = cov(x,y) / V(x) et b = ȳ − a x̄
Deux faits à retenir : la droite passe toujours par le point moyen G(x̄, ȳ) (c'est d'ailleurs le contrôle à faire), et le coefficient directeur a le même signe que r.
L'ajustement sert à interpoler (estimer une valeur à l'intérieur du domaine observé) et, avec prudence, à extrapoler. L'extrapolation loin des données observées est le péché classique : rien ne garantit que la relation linéaire se prolonge.
r = 0,2 produit une équation qui ne prédit rien. Sur la copie, on annonce r avant d'écrire la droite, et on justifie que l'ajustement est légitime.
Échantillonnage et estimation
Jusqu'ici on décrivait des données. Ici on veut en tirer une conclusion sur une population qu'on n'a pas entièrement observée.
Un échantillon est une partie de la population, choisie au hasard. On calcule sur l'échantillon une estimation de la grandeur inconnue de la population : la fréquence observée f estime la proportion réelle p, la moyenne de l'échantillon estime la moyenne de la population.
Une estimation n'est jamais exacte. Ce qu'on peut donner, c'est un intervalle et un niveau de confiance.
[ f − 1,96 √(f(1−f)/n) ; f + 1,96 √(f(1−f)/n) ]
souvent simplifié en [f − 1/√n ; f + 1/√n], qui est un peu plus large mais se calcule de tête.
Exemple travaillé. Sur 400 pièces contrôlées, 24 sont défectueuses.
f = 24/400 = 0,06, et 1/√400 = 1/20 = 0,05.
L'intervalle simplifié est [0,01 ; 0,11]. On peut affirmer, avec 95 % de confiance, que le taux réel de défauts est entre 1 % et 11 %.
Et la conséquence pratique la plus importante : la largeur de l'intervalle est en 1/√n. Pour diviser l'incertitude par deux, il faut multiplier la taille de l'échantillon par quatre. C'est ce qui rend la précision coûteuse.
Exercices type
1. Moyenne et médiane de 4, 7, 7, 9, 13, 15, 45
Moyenne : (4+7+7+9+13+15+45)/7 = 100/7 ≈ 14,3
Médiane : 7 valeurs, rang (7+1)/2 = 4, donc Me = 9.
La moyenne est bien supérieure à la médiane : la valeur 45 tire la série vers le haut. Ici la médiane est plus représentative.
2. Écart-type de 2, 4, 4, 4, 5, 5, 7, 9
x̄ = 40/8 = 5
Σxᵢ² = 4 + 16 + 16 + 16 + 25 + 25 + 49 + 81 = 232
V = 232/8 − 25 = 29 − 25 = 4, donc σ = 2
Lecture : l'écart typique à la moyenne est de 2, sur une série centrée en 5.
3. Une note est augmentée de 2 points pour tout le monde. Que deviennent moyenne et écart-type ?
La moyenne augmente de 2. L'écart-type ne change pas : on a translaté toute la série sans modifier les écarts entre les valeurs.
Si au lieu d'ajouter 2 on multipliait toutes les notes par 1,2, alors moyenne et écart-type seraient multipliés par 1,2.
4. Interpréter r = −0,95 entre la température et la consommation de chauffage
Corrélation linéaire négative et très forte : plus il fait chaud, moins on chauffe, et la relation est presque parfaitement linéaire sur le domaine observé.
Un ajustement affine est ici pleinement légitime. Attention toutefois à l'extrapolation : à 35 °C, la droite prédirait une consommation négative, ce qui n'a pas de sens. La relation linéaire ne vaut que sur la plage observée.
5. Droite de régression avec x̄ = 10, ȳ = 25, cov = 12, V(x) = 8
a = 12/8 = 1,5
b = 25 − 1,5 × 10 = 10
y = 1,5x + 10
Contrôle : pour x = 10, on obtient y = 25, c'est bien le point moyen ✓
6. Un sondage sur 1000 personnes donne 52 % pour un candidat. Peut-on conclure qu'il gagne ?
1/√1000 ≈ 0,032, soit ±3,2 points.
L'intervalle de confiance à 95 % est [48,8 % ; 55,2 %]. Il contient 50 %.
On ne peut donc pas conclure : le candidat est peut-être minoritaire. C'est exactement la raison pour laquelle les instituts publient une marge d'erreur, et pourquoi un écart de 2 points est considéré comme non significatif.
La méthode sur feuille
- Ordonne la série avant tout calcul de médiane ou de quartile. C'est l'oubli le plus fréquent.
- Vérifie que la somme des effectifs correspond bien à N, et que les fréquences somment à 1.
- Donne toujours moyenne et écart-type ensemble : l'un sans l'autre ne décrit rien.
- Compare moyenne et médiane : leur écart est déjà une conclusion sur la symétrie de la série.
- Pour deux variables, calcule r avant d'écrire la droite, et justifie que l'ajustement est légitime.
- Contrôle la droite : elle doit passer par le point moyen.
- Ne conclus jamais à une causalité à partir d'une corrélation. Écris-le, c'est souvent une question à part entière.
- Pour un intervalle de confiance, rappelle la taille de l'échantillon : c'est elle qui fait la précision.
En résumé
- Moyenne : centre de gravité, utilise tout, sensible aux extrêmes. Médiane : partage en deux moitiés, robuste.
- Quartiles
Q₁,Q₃→ écart interquartileQ₃ − Q₁, dispersion des 50 % centraux. - Variance
V = (Σnᵢxᵢ²)/N − x̄², écart-typeσ = √V, dans l'unité des données. - Ajouter une constante ne change pas l'écart-type ; multiplier par k multiplie moyenne et écart-type par k.
- Boîte à moustaches : min,
Q₁, Me,Q₃, max, pour comparer plusieurs séries d'un coup d'œil. - Corrélation
r = cov/(σₓσᵧ), entre −1 et 1. Proche de ±1 = points alignés. - Corrélation ≠ causalité, et
r = 0≠ indépendance. Regarde toujours le nuage. - Régression :
a = cov/V(x),b = ȳ − ax̄. La droite passe par le point moyen. - Intervalle de confiance à 95 % d'une proportion :
f ± 1/√n. Pour deux fois plus de précision, quatre fois plus de données.
Et ensuite ? Le semestre 3 revient à l'analyse, avec deux épreuves plus courtes tournées vers la physique : les oscillations (équations différentielles du second ordre) et les intégrales multiples.