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mathsProbabilités

Probabilités

Objectifs du Chapitre

Utiliser le vocabulaire des événements et calculer dans une situation d'équiprobabilité.

Dénombrer avec les factorielles, les arrangements et les combinaisons, et choisir le bon outil.

Calculer une probabilité conditionnelle et reconnaître l'indépendance.

Appliquer la formule des probabilités totales et la formule de Bayes.

Décrire une variable aléatoire par sa loi, son espérance et son écart-type.

Reconnaître et utiliser les lois de Bernoulli, binomiale, de Poisson et normale.

Où on va
Un composant sur mille est défectueux, une mesure est bruitée, un client arrive « en moyenne toutes les trois minutes ». Aucune de ces phrases ne permet de prédire ce qui va se passer, et toutes permettent pourtant de décider : combien de pièces commander, quelle marge de sécurité prendre, à partir de quand s'inquiéter. Les probabilités sont l'outil qui transforme une incertitude en un nombre sur lequel on peut calculer. Ce chapitre couvre le bloc Probabilités de l'épreuve du semestre 2 (45 minutes, sur feuille).

Vocabulaire

Définitions

Une expérience aléatoire a plusieurs issues possibles et on ne sait pas laquelle se produira. L'univers Ω est l'ensemble de toutes les issues. Un événement est une partie de Ω.

Le dictionnaire à connaître, parce que les énoncés l'utilisent sans le traduire :

L'énoncé ditOn écritCela signifie
A et BA ∩ Bles deux se produisent
A ou BA ∪ Bau moins l'un des deux (ou inclusif)
non A, « le contraire de A »ĀA ne se produit pas
A et B incompatiblesA ∩ B = ∅ils ne peuvent pas se produire ensemble
Axiomes

0 ⩽ P(A) ⩽ 1, P(Ω) = 1, et si A et B sont incompatibles, P(A ∪ B) = P(A) + P(B).

Deux formules en découlent, et elles servent constamment :

P(Ā) = 1 − P(A)     P(A ∪ B) = P(A) + P(B) − P(A ∩ B)

Le réflexe du contraire
Dès qu'un énoncé contient « au moins un », passe par le contraire : « au moins un » est le contraire de « aucun », et « aucun » est presque toujours beaucoup plus simple à calculer. C'est le raccourci le plus rentable du chapitre.

Équiprobabilité

Quand toutes les issues ont la même chance :

P(A) = (nombre de cas favorables) / (nombre de cas possibles)

Tout se ramène alors à compter. D'où le chapitre suivant.

Dénombrement

Trois situations, trois formules. Le seul vrai travail est de savoir dans laquelle on est.

Définition

n! (factorielle de n) est le produit n × (n−1) × … × 2 × 1. Par convention, 0! = 1.

SituationFormuleExemple
Ranger n objets dans un ordren!podiums possibles avec tous les coureurs
Choisir k objets parmi n, avec ordre (arrangement)A(n,k) = n!/(n−k)!podium des 3 premiers sur 10
Choisir k objets parmi n, sans ordre (combinaison)C(n,k) = n!/(k!(n−k)!)une main de 5 cartes
Tirages avec remise, k fois parmi nn^kcodes de 4 chiffres
La question qui tranche
« L'ordre compte-t-il ? » Un podium, oui : premier et deuxième ne sont pas interchangeables → arrangement. Une main de cartes, non : on a les mêmes cartes quel que soit l'ordre où on les a reçues → combinaison. C'est la seule question à se poser, et elle décide de tout le reste de l'exercice.

Les combinaisons, notées aussi « k parmi n », ont deux propriétés qui font gagner du temps :

  • C(n,k) = C(n, n−k) : choisir 3 personnes parmi 10, c'est en écarter 7 ;
  • C(n,0) = C(n,n) = 1 et C(n,1) = n.

Exemple travaillé. Dans une urne de 10 boules dont 4 rouges, on en tire 3 simultanément. Probabilité d'avoir exactement 2 rouges ?

  • Cas possibles : C(10,3) = 120.
  • Cas favorables : choisir 2 rouges parmi 4 et 1 non-rouge parmi 6, soit C(4,2) × C(6,1) = 6 × 6 = 36.
  • P = 36/120 = 0,3

Note le « et » traduit par une multiplication : c'est le principe multiplicatif, qui vaut chaque fois qu'on fait des choix successifs indépendants.

Probabilités conditionnelles

Définition

La probabilité de A sachant B, notée P_B(A) (ou P(A | B)), est

P_B(A) = P(A ∩ B) / P(B),   pour P(B) ≠ 0.

Conditionner, c'est changer d'univers : on ne raisonne plus sur Ω tout entier, mais à l'intérieur de B. La formule ne fait qu'exprimer cela. On regarde la part de B qui est aussi dans A.

En la retournant, on obtient la formule la plus utilisée du chapitre :

P(A ∩ B) = P(B) × P_B(A)

C'est elle qui permet de lire un arbre de probabilités : la probabilité d'un chemin est le produit des probabilités rencontrées le long de ce chemin.

Indépendance

Définition

A et B sont indépendants si P(A ∩ B) = P(A) × P(B), ce qui équivaut à P_B(A) = P(A) : savoir que B s'est produit ne change rien à la probabilité de A.

Indépendant n'est pas incompatible
Ce sont deux notions opposées, souvent confondues. Incompatibles : ils ne peuvent pas se produire ensemble, donc P(A ∩ B) = 0. Indépendants : l'un n'informe pas sur l'autre. Deux événements incompatibles de probabilité non nulle sont d'ailleurs très dépendants. Si l'un se produit, on sait avec certitude que l'autre ne s'est pas produit.

L'indépendance se démontre (en vérifiant l'égalité) ou se suppose si l'énoncé le dit (tirages avec remise, composants d'un lot). On ne la devine pas.

Probabilités totales

Formule

Si B₁, B₂, …, Bₙ forment une partition de l'univers (ils sont incompatibles deux à deux et couvrent tout), alors

P(A) = P(B₁)P_{B₁}(A) + P(B₂)P_{B₂}(A) + … + P(Bₙ)P_{Bₙ}(A)

Sur un arbre, cela revient à dire : la probabilité d'un événement est la somme des probabilités de tous les chemins qui y mènent.

Le cas le plus fréquent utilise la partition la plus simple, {B, B̄} :

P(A) = P(B)P_B(A) + P(B̄)P_{B̄}(A)

Formule de Bayes

Elle sert à renverser un conditionnement : on connaît P_B(A) et on veut P_A(B).

P_A(B) = P(B) × P_B(A) / P(A)

P(A) se calcule par les probabilités totales.

Exemple travaillé : le piège du test de dépistage. Une maladie touche 1 % de la population. Un test détecte 99 % des malades (sensibilité) et se trompe sur 2 % des personnes saines (faux positifs). Une personne est testée positive : quelle est la probabilité qu'elle soit réellement malade ?

Notons M « être malade » et T « test positif ».

  • P(M) = 0,01, P_M(T) = 0,99, P_M̄(T) = 0,02
  • Probabilités totales : P(T) = 0,01 × 0,99 + 0,99 × 0,02 = 0,0099 + 0,0198 = 0,0297
  • Bayes : P_T(M) = 0,0099 / 0,0297 ≈ 0,33
Pourquoi ce résultat surprend
Un test « fiable à 99 % » ne donne ici qu'une chance sur trois d'être malade. La raison : les personnes saines sont tellement plus nombreuses que leurs 2 % de faux positifs (198 personnes sur 10 000) écrasent les 99 vrais positifs. Une probabilité conditionnelle ne se renverse jamais à l'intuition. C'est précisément pour ça que la formule de Bayes existe.

Variables aléatoires

Définition

Une variable aléatoire X associe un nombre à chaque issue de l'expérience. Sa loi de probabilité est la liste des valeurs possibles avec leurs probabilités. La somme de ces probabilités vaut toujours 1 : c'est le premier contrôle à faire.

Espérance

Définition

E(X) = Σ xᵢ P(X = xᵢ)

C'est la moyenne des valeurs, pondérée par leurs probabilités : la valeur moyenne obtenue si on répétait l'expérience un très grand nombre de fois.

Attention, l'espérance n'est pas nécessairement une valeur possible. Un dé équilibré a pour espérance 3,5, que le dé n'affichera jamais.

Propriétés

E(aX + b) = a E(X) + b, et E(X + Y) = E(X) + E(Y), cette dernière toujours, même si X et Y ne sont pas indépendantes.

Un jeu est dit équitable si l'espérance de gain est nulle. C'est le calcul type de l'épreuve : on établit la loi du gain, on calcule l'espérance, on conclut.

Variance et écart-type

Définitions

V(X) = E(X²) − [E(X)]²  (formule de König-Huygens, celle qu'on utilise en pratique), et l'écart-type est σ(X) = √V(X).

L'espérance dit où se situe le centre ; la variance dit à quel point les valeurs s'en écartent. Deux lois de même espérance peuvent être très différentes : l'une concentrée, l'autre très dispersée.

L'écart-type se lit dans la même unité que X : c'est pourquoi on le préfère à la variance pour commenter un résultat.

Propriétés

V(aX + b) = a² V(X) : le décalage b ne change pas la dispersion, et le facteur a intervient au carré. Et si X et Y sont indépendantes, V(X + Y) = V(X) + V(Y).

Les lois usuelles

Loi de Bernoulli

Une seule épreuve à deux issues : succès (probabilité p) ou échec.

E(X) = p    V(X) = p(1 − p)

Loi binomiale B(n, p)

Définition

X compte le nombre de succès sur n épreuves identiques et indépendantes, chacune de probabilité de succès p.

P(X = k) = C(n,k) p^k (1−p)^(n−k)   pour k = 0, 1, …, n

E(X) = np    V(X) = np(1 − p)

La formule se lit : C(n,k) compte les positions possibles des k succès, p^k est la probabilité de ces k succès, (1−p)^(n−k) celle des échecs restants.

Les trois conditions
La loi binomiale exige : un nombre fixé d'épreuves, des épreuves indépendantes, et une probabilité de succès constante. Un tirage sans remise viole les deux dernières. La composition de l'urne change à chaque tirage. Vérifie ces trois points avant d'écrire la formule.

Exemple travaillé. 5 % des pièces d'une production sont défectueuses. Sur un lot de 20 pièces, probabilité d'en avoir au moins une défectueuse ?

X ~ B(20 ; 0,05). On passe par le contraire :

P(X ⩾ 1) = 1 − P(X = 0) = 1 − 0,95²⁰ ≈ 1 − 0,358 = 0,642

Presque deux lots sur trois contiennent au moins une pièce défectueuse : un résultat qui surprend souvent, et qui explique pourquoi le contrôle qualité raisonne par lots.

Loi de Poisson P(λ)

Elle compte le nombre d'événements rares survenant pendant une durée fixée : appels reçus par un standard, pannes d'une machine, particules détectées.

P(X = k) = e^(−λ) λ^k / k!   pour k = 0, 1, 2, …

E(X) = λ    V(X) = λ

La particularité à retenir : espérance et variance sont égales. Le paramètre λ est le nombre moyen d'occurrences sur la période considérée. La loi de Poisson approche la binomiale quand n est grand et p petit, avec λ = np.

Loi normale N(μ, σ²)

C'est la seule loi continue du programme, et de loin la plus fréquente en pratique : elle décrit toute grandeur résultant de l'accumulation de nombreux petits aléas indépendants (une erreur de mesure, une cote d'usinage, un bruit électrique).

Sa densité est la fameuse courbe en cloche, symétrique autour de μ. Ici, P(X = a) = 0 pour toute valeur : seules les probabilités d'intervalles ont un sens.

Les trois repères à connaître par cœur
Environ 68 % des valeurs sont dans [μ − σ ; μ + σ], 95 % dans [μ − 2σ ; μ + 2σ], et 99,7 % dans [μ − 3σ ; μ + 3σ]. Ces trois nombres permettent de répondre de tête à la moitié des questions, et de contrôler les autres.

Pour utiliser une table, on centre et on réduit : on pose Z = (X − μ)/σ, qui suit alors la loi normale centrée réduite N(0, 1). On lit ensuite P(Z ⩽ z) dans la table. La symétrie donne P(Z ⩽ −z) = 1 − P(Z ⩽ z), ce qui évite d'avoir besoin des valeurs négatives.

Exercices type

1. Combien de codes de 4 chiffres avec des chiffres tous différents ?

L'ordre compte (1234 ≠ 4321) et il n'y a pas de répétition : c'est un arrangement.

A(10,4) = 10 × 9 × 8 × 7 = 5040

Si les répétitions étaient autorisées : 10⁴ = 10 000.

2. On lance deux dés. Probabilité que la somme fasse 7 ?

36 issues équiprobables. Les couples de somme 7 sont (1,6), (2,5), (3,4), (4,3), (5,2), (6,1) : 6 cas.

P = 6/36 = 1/6

C'est la somme la plus probable, d'où sa place centrale dans beaucoup de jeux.

3. Deux machines produisent 60 % et 40 % des pièces, avec 2 % et 5 % de défauts. Une pièce est défectueuse : de quelle machine vient-elle probablement ?

P(D) = 0,6 × 0,02 + 0,4 × 0,05 = 0,012 + 0,020 = 0,032

P_D(A) = 0,012 / 0,032 = 0,375  et  P_D(B) = 0,020/0,032 = 0,625

Elle vient plus probablement de la machine B, bien que B produise moins de pièces : son taux de défaut plus élevé l'emporte.

4. Un jeu coûte 2 €. On gagne 10 € avec probabilité 0,1, rien sinon. Est-il équitable ?

Gain net X : +8 avec probabilité 0,1 ; −2 avec probabilité 0,9.

E(X) = 8 × 0,1 + (−2) × 0,9 = 0,8 − 1,8 = −1 €

Le jeu n'est pas équitable : on perd en moyenne 1 € par partie. Pour l'équilibrer, il faudrait un prix de 1 €.

5. X ~ B(10 ; 0,3). Calculer P(X = 3), E(X) et σ(X)

P(X = 3) = C(10,3) × 0,3³ × 0,7⁷ = 120 × 0,027 × 0,0824 ≈ 0,267

E(X) = 10 × 0,3 = 3

V(X) = 10 × 0,3 × 0,7 = 2,1, donc σ = √2,1 ≈ 1,45

6. Une pièce mesure en moyenne 50 mm avec un écart-type de 0,5 mm. Quelle proportion est hors tolérance [49 ; 51] ?

L'intervalle [49 ; 51] est exactement [μ − 2σ ; μ + 2σ].

Environ 95 % des pièces sont dedans, donc environ 5 % sont hors tolérance, soit 1 pièce sur 20, dont la moitié trop courtes et la moitié trop longues.

La méthode sur feuille

  1. Nomme les événements en une ligne (« M : la pièce est défectueuse ») avant tout calcul. Les copies confuses sont celles où on ne sait plus ce que désigne A.
  2. Fais un arbre dès qu'il y a un conditionnement. On y lit les probabilités totales et Bayes sans effort.
  3. Devant « au moins un », passe au contraire.
  4. Devant un dénombrement, pose-toi la question : l'ordre compte-t-il ?
  5. Avant d'écrire une binomiale, vérifie les trois conditions : n fixé, indépendance, p constant.
  6. Contrôle : une probabilité est entre 0 et 1, la somme des probabilités d'une loi vaut 1, une variance est positive.
  7. Sur une loi normale, vérifie ton résultat avec les repères 68 / 95 / 99,7.

En résumé

  • P(Ā) = 1 − P(A) et P(A ∪ B) = P(A) + P(B) − P(A ∩ B).
  • Équiprobabilité → compter. Ordre → arrangement A(n,k) ; sans ordre → combinaison C(n,k) ; avec remise → n^k.
  • Conditionnelle : P_B(A) = P(A ∩ B)/P(B). Sur un arbre, un chemin se multiplie.
  • IndépendantsP(A ∩ B) = P(A)P(B). À ne pas confondre avec incompatibles.
  • Probabilités totales : on somme tous les chemins menant à A. Bayes renverse le conditionnement, et le résultat contredit souvent l'intuition.
  • Espérance E(X) = Σ xᵢ pᵢ (moyenne pondérée) ; variance V(X) = E(X²) − E(X)² (dispersion) ; σ = √V.
  • E(aX + b) = aE(X) + b mais V(aX + b) = a² V(X).
  • Binomiale B(n,p) : P(X=k) = C(n,k)p^k(1−p)^(n−k), E = np, V = np(1−p). Trois conditions à vérifier.
  • Poisson P(λ) : événements rares, E = V = λ.
  • Normale : courbe en cloche, repères 68 / 95 / 99,7 %, centrer-réduire avec Z = (X − μ)/σ.

Et ensuite ? Le chapitre Statistiques prend le problème dans l'autre sens : ici on connaissait la loi et on en déduisait des probabilités ; là, on part des données et on remonte à la loi.