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mathsMatrices et systèmes linéaires

Matrices et systèmes linéaires

Objectifs du Chapitre

Additionner et multiplier des matrices, et savoir quand le produit est défini.

Calculer un déterminant d'ordre 2 et d'ordre 3, et interpréter sa nullité.

Déterminer si une matrice est inversible et calculer son inverse.

Écrire un système linéaire sous la forme matricielle AX = B.

Résoudre un système par la méthode du pivot de Gauss.

Discuter le nombre de solutions d'un système : une, aucune, ou une infinité.

Où on va
Dès qu'un problème comporte plusieurs inconnues liées entre elles (les courants d'un circuit, les efforts dans une structure, les débits d'un réseau), on tombe sur un système d'équations. Écrire ce système sous forme de tableau de nombres n'est pas une coquetterie : cela transforme « résoudre le système » en une suite d'opérations mécaniques, toujours les mêmes, qu'on peut mener sans jamais réfléchir aux inconnues. Ce chapitre couvre le bloc Matrices et systèmes de l'épreuve d'algèbre du semestre 2 (40 minutes, sur feuille).

Ce qu'est une matrice

Définition

Une matrice de taille n × p est un tableau de nombres à n lignes et p colonnes. Le coefficient situé à la ligne i et la colonne j se note aᵢⱼ.

L'ordre est toujours lignes × colonnes, et on ne s'en écarte jamais.

        ( 1   2   3 )
   A =  ( 4   5   6 )        A est de taille 2 × 3

Quelques matrices portent un nom : carrée (n = p), nulle (tous les coefficients nuls), identité Iₙ (des 1 sur la diagonale, des 0 ailleurs), diagonale, triangulaire (tous les coefficients nuls d'un côté de la diagonale).

Opérations

Addition et multiplication par un nombre

Coefficient par coefficient, et seulement entre matrices de même taille.

(A + B)ᵢⱼ = aᵢⱼ + bᵢⱼ   et   (kA)ᵢⱼ = k aᵢⱼ

Le produit matriciel

C'est l'opération qui n'a rien d'intuitif, et celle qu'il faut maîtriser.

Définition

Le produit AB n'est défini que si le nombre de colonnes de A égale le nombre de lignes de B. Si A est n × p et B est p × q, alors AB est n × q, et

(AB)ᵢⱼ = ligne i de A « fois » colonne j de B = aᵢ₁b₁ⱼ + aᵢ₂b₂ⱼ + … + aᵢₚbₚⱼ

La règle mécanique
Pour obtenir le coefficient en position (i, j) : prends la ligne i de A et la colonne j de B, multiplie-les terme à terme, additionne. « Ligne fois colonne ». Répète-le à voix basse, c'est la seule chose à retenir.

Exemple travaillé.

   ( 1  2 ) ( 5  6 )     ( 1×5+2×7   1×6+2×8 )     ( 19  22 )
   ( 3  4 ) ( 7  8 )  =  ( 3×5+4×7   3×6+4×8 )  =  ( 43  50 )
Trois pièges du produit matriciel
Il n'est pas commutatif : AB ≠ BA en général, et souvent l'un des deux n'est même pas défini. L'ordre des facteurs est une information, pas un détail.
Un produit peut être nul sans qu'aucun facteur le soit. On ne peut donc pas « simplifier par A » comme avec des nombres.
Les identités remarquables ne s'appliquent pas : (A+B)² = A² + AB + BA + B², et le terme du milieu ne se regroupe pas en 2AB.
Propriétés qui restent vraies

le produit est associatif ((AB)C = A(BC)) et distributif sur l'addition. La matrice identité est neutre : AI = IA = A.

Transposée

Définition

La transposée ᵗA s'obtient en échangeant les lignes et les colonnes : (ᵗA)ᵢⱼ = aⱼᵢ.

Attention à l'inversion de l'ordre dans un produit : ᵗ(AB) = ᵗB ᵗA. Une matrice est dite symétrique si ᵗA = A. C'est le cas de la matrice d'adjacence d'un graphe non orienté.

Déterminant

Le déterminant est un nombre attaché à une matrice carrée. Il répond à une seule question, mais essentielle : la matrice est-elle inversible ?

Ordre 2

        ( a  b )
   det  ( c  d )  =  ad − bc

Ordre 3 : la règle de Sarrus

On recopie les deux premières colonnes à droite du tableau, puis on additionne les trois diagonales descendantes et on soustrait les trois montantes :

   | a  b  c |  a  b
   | d  e  f |  d  e
   | g  h  i |  g  h

   det = aei + bfg + cdh − gec − hfa − idb
Sarrus s'arrête à l'ordre 3
La règle de Sarrus est fausse à partir de l'ordre 4. Au-delà, on développe suivant une ligne ou une colonne (méthode des cofacteurs), en choisissant celle qui contient le plus de zéros.

Développement suivant une ligne ou une colonne

det A = Σ (−1)^(i+j) aᵢⱼ × Dᵢⱼ, où Dᵢⱼ est le déterminant obtenu en supprimant la ligne i et la colonne j.

Les signes (−1)^(i+j) s'organisent en damier, en commençant par un + en haut à gauche :

   + − +
   − + −
   + − +

Ce que le déterminant dit

Théorème

Une matrice carrée A est inversible si et seulement si det A ≠ 0.

L'interprétation géométrique
La valeur absolue du déterminant est le facteur par lequel la matrice multiplie les aires (ordre 2) ou les volumes (ordre 3). Un déterminant nul signifie que la transformation écrase l'espace : elle aplatit le plan sur une droite, ou l'espace sur un plan. On perd de l'information, et c'est exactement pour cela qu'on ne peut plus revenir en arrière. La matrice n'est pas inversible.

Deux propriétés utiles : det(AB) = det A × det B, et det(ᵗA) = det A. En revanche, det(A + B) ≠ det A + det B.

Inverse d'une matrice

Définition

A⁻¹ est l'unique matrice telle que A A⁻¹ = A⁻¹ A = I.

Pour une matrice 2 × 2, la formule est à connaître par cœur :

        ( a  b )              1      (  d  −b )
   A =  ( c  d )    →   A⁻¹ = ───── × ( −c   a )
                              ad−bc

La recette parlée : on échange a et d, on change le signe de b et c, on divise par le déterminant.

Exemple travaillé. Pour A = (1 2 ; 3 4), det A = 4 − 6 = −2, donc :

   A⁻¹ = −(1/2) × (  4  −2 )  =  ( −2     1   )
                   ( −3   1 )     (  3/2  −1/2)

Contrôle : A A⁻¹ = I ✓, et c'est une vérification qu'il faut toujours faire, elle coûte quatre multiplications.

Au-delà de l'ordre 2, on inverse par le pivot de Gauss : on écrit (A | I) côte à côte et on applique les mêmes opérations aux deux moitiés jusqu'à obtenir (I | A⁻¹).

Systèmes linéaires

L'écriture matricielle

Un système comme

   2x +  y −  z =  8
   −3x −  y + 2z = −11
   −2x +  y + 2z = −3

s'écrit AX = B avec :

        (  2   1  −1 )        ( x )        (   8 )
   A =  ( −3  −1   2 )   X =  ( y )   B =  ( −11 )
        ( −2   1   2 )        ( z )        (  −3 )

Toute l'information est dans A et B ; les lettres x, y, z ne servent plus à rien pendant la résolution. C'est précisément l'intérêt de l'écriture matricielle.

Si A est inversible, la solution est unique et vaut X = A⁻¹ B. Mais en pratique on ne calcule presque jamais l'inverse : le pivot de Gauss est plus rapide et plus sûr.

Le pivot de Gauss

Principe

trois opérations laissent l'ensemble des solutions inchangé :

  • échanger deux lignes ;
  • multiplier une ligne par un nombre non nul ;
  • ajouter à une ligne un multiple d'une autre ligne.

On les enchaîne pour faire apparaître des zéros sous la diagonale, jusqu'à obtenir un système triangulaire qu'on résout de bas en haut.

On travaille sur la matrice augmentée (A | B), c'est-à-dire le tableau des coefficients avec la colonne du second membre ajoutée à droite.

Exemple travaillé sur le système ci-dessus. Matrice augmentée :

   (  2   1  −1 |   8 )
   ( −3  −1   2 | −11 )
   ( −2   1   2 |  −3 )

Étape 1 : faire des zéros dans la première colonne, avec le pivot 2 :

L₂ ← L₂ + (3/2)L₁ et L₃ ← L₃ + L₁

   (  2   1    −1   |   8 )
   (  0   1/2   1/2 |   1 )
   (  0   2     1   |   5 )

Étape 2 : zéro dans la deuxième colonne, avec le pivot 1/2 :

L₃ ← L₃ − 4 L₂

   (  2   1    −1   |   8 )
   (  0   1/2   1/2 |   1 )
   (  0   0    −1   |   1 )

Étape 3 : remontée. La dernière ligne donne −z = 1, donc z = −1. La deuxième donne (1/2)y + (1/2)(−1) = 1, donc y = 3. La première donne 2x + 3 + 1 = 8, donc x = 2.

Solution : (x, y, z) = (2, 3, −1).

Contrôle dans la troisième équation d'origine : −4 + 3 − 2 = −3

Deux réflexes de méthode
Choisis un bon pivot. Si tu peux échanger des lignes pour avoir un 1 en tête, fais-le : tu t'épargnes toutes les fractions.
Écris l'opération à côté de chaque ligne (L₃ ← L₃ − 4L₂). C'est ce que le correcteur suit, et c'est ce qui te permet de retrouver ton erreur quand le contrôle final échoue.

Discuter le nombre de solutions

À la fin du pivot, on lit le résultat sur la dernière ligne non nulle :

Ce qu'on obtientConclusion
autant de pivots que d'inconnuesune solution unique
une ligne 0 0 0 | k avec k ≠ 0aucune solution (le système est incompatible)
une ligne entièrement nulleune infinité de solutions

Le lien avec le déterminant, pour un système carré : det A ≠ 0 ⟺ solution unique. Si det A = 0, c'est zéro ou une infinité, et seul le pivot permet de trancher.

Quand il y a une infinité de solutions, on exprime les inconnues « principales » (celles qui portent un pivot) en fonction des autres, appelées paramètres. Le nombre de paramètres est nombre d'inconnues − rang.

Définition

Le rang de A est le nombre de pivots non nuls obtenus à la fin de la méthode de Gauss. C'est le nombre d'équations réellement indépendantes du système.

Exercices type

1. Calculer AB et BA pour A = (1 2 ; 0 1) et B = (1 0 ; 3 1)

AB = (1×1+2×3 , 1×0+2×1 ; 0×1+1×3 , 0×0+1×1) = (7 2 ; 3 1)

BA = (1×1+0×0 , 1×2+0×1 ; 3×1+1×0 , 3×2+1×1) = (1 2 ; 3 7)

Les deux produits sont définis, tous deux 2 × 2, et pourtant différents. C'est l'illustration standard de la non-commutativité.

2. Inverse de A = (3 1 ; 5 2)

det A = 6 − 5 = 1, non nul, donc A est inversible.

A⁻¹ = (1/1) × (2 −1 ; −5 3) = (2 −1 ; −5 3)

Contrôle : (3 1 ; 5 2)(2 −1 ; −5 3) = (6−5 , −3+3 ; 10−10 , −5+6) = (1 0 ; 0 1)

3. Pour quelle valeur de m la matrice (m 2 ; 3 m) est-elle non inversible ?

det = m² − 6. Il s'annule pour m = √6 ou m = −√6.

Pour ces deux valeurs, la matrice n'est pas inversible ; pour toute autre valeur de m, elle l'est.

4. Résoudre par Gauss : x + y = 3 et 2x + 2y = 6

L₂ ← L₂ − 2L₁ donne la ligne 0 0 | 0 : entièrement nulle.

Le système a donc une infinité de solutions : les deux équations disent la même chose. On exprime x = 3 − y, et l'ensemble des solutions est {(3 − t, t), t ∈ ℝ}.

Le rang vaut 1 pour 2 inconnues : il y a bien 2 − 1 = 1 paramètre.

5. Résoudre : x + y = 3 et 2x + 2y = 7

L₂ ← L₂ − 2L₁ donne 0 0 | 1, c'est-à-dire l'équation 0 = 1.

Aucune solution : le système est incompatible. Géométriquement, les deux droites sont parallèles et distinctes.

6. Déterminant de (1 2 3 ; 4 5 6 ; 7 8 9)

Par Sarrus : 1×5×9 + 2×6×7 + 3×4×8 − 7×5×3 − 8×6×1 − 9×4×2

= 45 + 84 + 96 − 105 − 48 − 72 = 0

La matrice n'est donc pas inversible. On le voit d'ailleurs sans calcul : L₃ − L₂ = L₂ − L₁ = (3, 3, 3), donc L₁ + L₃ = 2L₂. Les lignes sont liées, le rang vaut 2.

La méthode sur feuille

  1. Vérifie les tailles avant tout produit : colonnes de A = lignes de B, sinon le produit n'existe pas.
  2. Pour savoir si un système a une solution unique, calcule d'abord le déterminant. Nul → il faudra discuter.
  3. Pour résoudre, utilise le pivot de Gauss sur la matrice augmentée, pas l'inverse : c'est plus rapide et moins sujet aux erreurs.
  4. Choisis les pivots pour éviter les fractions, et note chaque opération en marge.
  5. Contrôle toujours : réinjecte la solution dans une équation de départ (de préférence celle que tu as le moins utilisée), et vérifie A A⁻¹ = I après une inversion.
  6. Pour une infinité de solutions, paramètre proprement et compte : nombre de paramètres = inconnues − rang.

En résumé

  • Une matrice n × p : lignes × colonnes, toujours dans cet ordre.
  • Le produit exige colonnes de A = lignes de B, et se calcule « ligne fois colonne ». Il n'est pas commutatif, et on ne peut pas simplifier par un facteur.
  • Déterminant : ad − bc à l'ordre 2, Sarrus à l'ordre 3 (et seulement jusqu'à 3), cofacteurs au-delà.
  • det A ≠ 0 ⟺ A inversible ⟺ le système AX = B a une solution unique.
  • Inverse 2 × 2 : échanger la diagonale, changer le signe de l'antidiagonale, diviser par le déterminant.
  • Pivot de Gauss : trois opérations autorisées, triangulariser, puis remonter.
  • Discussion : autant de pivots que d'inconnues → unique ; ligne 0 = k non nul → aucune ; ligne nulle → infinité.
  • Rang = nombre de pivots = nombre d'équations indépendantes. Paramètres = inconnues − rang.

Et ensuite ? L'épreuve de Probabilités et statistiques du même semestre change complètement de terrain : on n'y cherche plus une valeur exacte, mais ce qu'on peut affirmer malgré le hasard.